La technologie CENAQ-Escale zéro fumées fait l'effet d'une bouffée d'oxygène pour les riverains du terminal croisières du GPMM qui subissent et dénoncent l’incidence des panaches de fumée sur leur santé. Photo : FJ
La technologie CENAQ-Escale zéro fumées fait l'effet d'une bouffée d'oxygène pour les riverains du terminal croisières du GPMM qui subissent et dénoncent l’incidence des panaches de fumée sur leur santé. Photo : FJ

Electrification à quai au GPMM : genèse d’une traversée pour un air plus sain

POLLUTION MARITIME. Inauguré mi-avril à Marseille, le dispositif CENAQ-Escales zéro fumée performe en permettant de raccorder en simultané trois paquebots de croisière à quai sur le réseau électrique durant leur escale dans le port phocéen. Une première en Méditerranée, qui rime avec moins de fumées et un air moins pollué. Pour le plus grand soulagement des riverains.

« Finalement, c’est un peu grâce à nous tout ça ». Non sans fierté, Denis Pelliccio pose la main sur l’épaule de son épouse, Elisabeth. Tous deux font partie du CIQ Saint-André, quartier marseillais situé sur la rive qui fait face au terminal croisière du Grand Port Maritime de Marseille. Les panaches de fumées noires de bateaux chargés en polluants atmosphériques, ils les subissent depuis des années. Mais en ce jour d’inauguration du branchement électrique des navires de croisière à quai, les tensions qui ont pu exister entre les riverains et le port semblent s’être apaisées. La technologie CENAQ, pour Connexion électrique des Navires à Quai haute tension, s’impose désormais comme la solution-phare qui permettra de préserver leur santé de l’impact des polluants qui s’échappent des cheminées de bateaux.

Denis et Elisabeth Pelliccio, au centre, entourés d'autres membres du CIQ Saint-André, quartier marseillais riverain du terminal croisières du GPMM. Photo : FJ
Denis et Elisabeth Pelliccio, au centre, entourés d’autres membres du CIQ Saint-André, quartier marseillais riverain du terminal croisières du GPMM et de l’association MARSEA Nord Développement. Photo : FJ

Jusqu’à 70% d’émissions d’oxyde d’azote en moins

Prouesse technologique, le dispositif permet à trois bateaux de couper leur moteur durant leur escale à quai, pour se raccorder simultanément au réseau électrique terrestre. Une première en Méditerranée. « On espère que d’autres raccordements suivront. L’été, les bateaux de croisière peuvent être jusqu’à six, voire plus dans le port », assure Denis Pelliccio, quand près de 3 millions de croisiéristes sont attendus cette année à Marseille (62 000 en 1996).

En terme de santé environnementale, la promesse CENAQ est des plus positives. Le plan d’électrification des escales terminé, elle devrait permettre de réduire jusqu’à 80% les particules d’oxyde de soufre, de 60% celles de particules fines. Et de 70% celles d’oxyde d’azote (NOx), dont le transport maritime représente le second émetteur à Marseille (37%) derrière le transport routier (45%). Au global, sur la période 2022-2035, les émissions polluantes des navires devraient être divisées par cinq à Marseille comme à Fos-sur-Mer. Un golfe soumis par ailleurs à de multiples polluants industriels, comme vient de le confirmer l’étude SCENARII 2.

L’impulsion de « La Journée Méditerranéenne de l’air et des ports »

Déployée cette année pour les paquebots de croisière, la technologie a fait office de première il y a près de 10 ans dans le port de Marseille-Fos. En 2017, la gare navale prenait une longueur d’avance sur la réglementation européenne de 2030, amarrant la solution sur ses quais pour les nombreux navires en escale commerciale. Vers et depuis la Corse, en partenariat avec la compagnie maritime La Méridionale. Elle sera rejointe par la suite dans cette dynamique de raccordement par Corsica Linéa pour trois de ses navires.

La même année, AtmoSud initiait « La Journée Méditerranéenne de l’air et des ports », qui marque un changement de cap dans cette traversée au long cours pour un air plus sain. Pour la première fois, quelque 300 acteurs (service de l’Etat, députés, élus territoriaux, responsables portuaires, citoyens et riverains) se réunissent et dialoguent pour concilier développement économique du port et qualité de l’air. Le rendez-vous soulève la question de l’accompagnement des initiatives techniques, énergétiques et numériques des acteurs portuaires, tout en cherchant à faire évoluer les habitudes du secteur et limiter son impact sur les riverains.   


Ministres et représentants politiques régionaux, départementaux et locaux ont fait le déplacement pour l’inauguration du dispositif CENAQ-Escales zéro fumée pour les paquebots de croisière dans le port de Marseille-Fos le 11 avril. Photo : FJ
Dominique Robin – directeur d’AtmoSud, Jacques Witkowski – Préfet des Bouches-du-Rhône,  Laurent Lhardit – député des BdR, Philippe Tabarot – ministre des Transports, Sabrina Roubache – ministre délégué auprès du ministre de l’éducation nationale, Christophe Castaner – président du Conseil de surveillance du port Marseille-Fos, Renaud Muselier – président de la Région Sud, Nicolas Isnard – président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, et Hervé Martel – président du directoire du grand port maritime de Marseille, lorsde l’inauguration du dispositif CENAQ-Escales zéro fumée pour les paquebots de croisière le 11 avril. Photo : FJ

Le levier « Escales Zéro Fumée »

« Cette journée a permis de créer un dialogue qui n’existait pas jusque-là entre les acteurs, quand la mobilisation citoyenne pour dénoncer la pollution issue du maritime était forte », se souvient Damien Piga, directeur Innovation chez AtmoSud. En découle Le plan Escale Zéro Fumée, porté initialement par la Région Sud à hauteur de 30M€. L’électrification à quai des navires s’y dresse comme phare central. La dynamique est lancée, le plan séduit rapidement d’autres financeurs (Métropole, Etat, Europe) et le budget total se chiffre au final à plus de 200M€. « Mais le vrai point de départ reste le projet européen « APICE ». Mené de 2010 à 2013 par des acteurs italiens, grecs et espagnols, il visait à instruire l’électrification à quai des ferries. Le Port de Marseille-Fos, la Compagnie La Méridionale et AtmoSud étaient déjà partenaires », se souvient Damien Piga.

D’autres raccordements CENAQ-Escales zéro fumée en vue

Hier, les ferries vers la Corse et le Maghreb. Aujourd’hui, les paquebots de croisières. Et demain, les terminaux dédiés aux porte-conteneurs et à la Forme 10 de réparation. La plus grande en Méditerranée et la troisième au palmarès mondial. La technologie CENAQ-Escale zéro fumée est donc encore vouée à s’étendre dans le port de Marseille-Fos. Le fief portuaire méditerranéen ambitionne même d’être au rendez-vous de la réglementation européenne – ou règlement sur le déploiement d’infrastructures pour carburants alternatifs (AFIR) – dès 2028. Soit, deux ans avant la date butoir du 1er janvier 2030, qui impose l’électrification à quai dans les ports européens (pour les terminaux dédiés aux porte-conteneurs et aux navires passagers).

Seulement 3,5% d’émissions d’oxyde d’azote évitées

Ces ambitions et avancées, « qui sont le fruit d’un travail collectif de longue haleine avec les acteurs et les institutions sous la bannière Escales zéro fumées », comme le rappelait le chef de bord d’AtmoSud, Dominique Robin, lors de l’inauguration, permettront-elles au GPMM d’afficher les baisses d’émissions atmosphériques estimées ? C’est à espérer. Mais force est de constater qu’en 2023, 3,5% seulement des émissions d’oxyde d’azote avaient été évitées suite à la connexion des ferries. La faute à des raccordements à quai qui ne sont pas encore devenus systématiques pour les armateurs. Et sans doute, à un prix du fioul fossile qui reste toujours plus intéressant que celui de l’électricité.

Grâce au partenariat de confiance noué depuis de nombreuses années avec le port de Marseille-Fos, et à l’ajustement de ses calculs de polluants atmosphériques issus du maritime, AtmoSud pourra suivre l’évolution de ces émissions depuis ses dispositifs de mesure installés dans le port marseillais. Rappelons qu’à Marseille, 780 personnes meurent annuellement de façon prématurée du fait de la pollution de l’air.

Bon à savoir
* La majorité des émissions du transport maritime provient du stationnement à quai des navires et de leur passage dans la zone de navigation à vitesse réduite à l’entrée des ports.
* Un paquebot à quai émet l’équivalent d’environ 20 000 voitures en polluants atmosphériques.
* 38% de la population régionale est aujourd’hui exposée à un dépassement des normes 2030 de la qualité de l’air (avec des pics plus importants dans les ville-ports). Un dépassement qui plus significatif sur l’aire marseillaise.

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