SANTE GLOBALE. A l’instar de Lyon, érigée fief mondial du « One Health Summit » en avril dernier, Marseille peut-elle devenir la prochaine ville-phare de l’approche « Une seule Santé » ? En 2024, la municipalité lui a ouvert les portes de sa gouvernance à travers une mission dédiée. Son directeur, Loïs Giraud, revient sur son appropriation progressive pour que la santé globale s’impose comme cadre structurant de l’action municipale.
Aux côtés de Lyon, Strasbourg, Paris, Besançon et une poignée d’autres villes, Marseille fait partie des pionnières à s’être saisie de l’approche « One Health » en France. Une vision où les santés humaine, animale, végétale et des écosystèmes sont abordées sous un prisme global, mettant à jour leurs liens interdépendants. Très en vogue, cette approche intégrée de la santé ne date pourtant pas d’hier. Dès l’Antiquité, dans son traité « Airs, eaux, lieux », Hippocrate développait l’idée que la santé humaine dépend de l’environnement. Il révélait le lien subtil entre milieux de vie, conditions climatiques et état de santé des populations. Ce lien restera l’un des piliers du « One Health » actuel, re-propulsé en 2020 sur le devant de la scène sanitaire par le dérèglement climatique et la pandémie mondiale de COVID-19. Il s’impose désormais comme un socle préventif au risque d’émergence des maladies. De façon générale, et en particulier pour celles d’origine zoonotique (transmises de l’animal à l’homme).
Depuis la COVID-19, le « One Health » est revenu sur le devant de la scène sanitaire pour prévenir les maladies, en particulier d’origine zoonotique. Photo : Canva
La santé populationnelle sous le prisme « One Health »
En invitant l’homme à repenser son lien au vivant, l’approche « Une Seule Santé » devient ainsi garante de la santé humaine. « Notre état de santé dépend avant tout de ce que nous mangeons, buvons, respirons et de notre façon de nous déplacer et d’habiter le territoire », commente Loïs Giraud, directeur de la mission « Une Seule Santé » à la Ville de Marseille. « Les politiques de santé ne peuvent plus être uniquement sectorielles. Elles doivent être globales et transversales pour agir en amont des maladies », complète-il. S’appuyant sur une médecin écologiste comme première adjointe au Maire (Michèle Rubirola), la municipalité a intégré l’approche « One Health » dans son système de gouvernance en juillet 2024. « La volonté est de répondre aux enjeux de santé populationnelle en faisant comprendre qu’on ne peut pas améliorer la santé des habitant.e.s sans améliorer celle de notre environnement », détaille le directeur de la mission.
« Une seule Santé » est une opportunité de raconter autrement l’action écologique à Marseille. » Loïs Giraud
Le « Prendre soin » comme boussole de l’action municipale marseillaise
« L’approche pose des enjeux d’acculturation. A commencer par les services de la Ville, pour intégrer que « le prendre soin » du vivant dans son ensemble est une boussole de l’action municipale marseillaise », reconnaît le directeur de la mission. Pour illustrer ses propos, il pose le cas de la prolifération des rats dans la seconde ville de France. Pour y remédier « sans s’empoisonner avec des produits phytosanitaires chimiques, ni les éradiquer, puisqu’ils sont utiles en empêchant les déchets de nourriture de boucher les égouts », la Ville recourt à des furets, leurs prédateurs naturels. Ce type d’exemple est exposé par la municipalité lors de ses campagnes de sensibilisation, de formation et de ses événements – le premier axe de sa politique « One Health »-, pour diffuser les vertus de l’approche à Marseille.
Pour lutter contre la prolifération des rats à Marseille, la Ville s’est tournée vers une solution écologique : une introduction de furets, leurs prédateurs naturels. Photo : Ville de Marseille
Trois axes pour intégrer « One Health » à Marseille
Le second axe se centre sur les crèches et les écoles, où la disparition totale des produits d’entretien chimiques est prévue pour 2027. Les denrées alimentaires Bio occupent aussi une part plus importante dans les cantines, quand l’accès à la nature est voué à retrouver une place centrale dans un réseau marseillais d’« Ecoles Favorables aux Santés ». Le troisième axe concerne enfin l’aménagement de l’urbanisme. Le « One Health » s’y exprime notamment dans le Manifeste « pour des espaces publics méditerranéens accueillants, résistants et résilients ». Des critères environnementaux profitables à un air plus sain, à la gestion des eaux pluviales, au choix des matériaux… sont ainsi inclus dans les projets urbains. Comme le déploiement de « parcours fraîcheur » pour faire face aux fortes chaleurs estivales et contrer les impacts sanitaires liés aux îlots de chaleur urbains.
« Une Seule Santé » pour raconter autrement l’action écologique à Marseille
« On apprend à faire du « One Health » en faisant », sourie Loïs Giraud. Le concept circule, s’expérimente. Il représente aussi « une opportunité de raconter autrement l’action écologique à Marseille ». Parce que «l’approche Une Seule Santé n’est pas un concept de « bobo ». C’est une solution qui permet de traiter les problèmes sociaux, environnementaux et sociétaux à la racine, de façon transversale et durable », argue le directeur de la mission.«Ce sont en effet les populations les plus précaires qui vivent dans des environnements les plus dégradés. Et les espèces les moins connues qui sont parfois les plus importantes pour maintenir la ville habitable. »
Vers une administration marseillaise exemplaire en santé unique
Après un an et demi d’existence, la mission « Une Seule Santé » de la Ville de Marseille « a contribué à faire du lien entre les différentes politiques publiques – en santé, environnement, biodiversité, alimentation, éducation, urbanisme… Même si beaucoup de directions au sein de la Ville faisaient du « One Health » sans le savoir », appuie Loïs Giraud. « Elle a permis de créer un écosystème d’acteurs associatifs, économiques, institutionnels, qui dialoguentdavantage ». Pour autant, le jeune directeur sait qu’il reste encore du chemin à parcourir avant que la Ville de Marseille ne s’impose comme « une administration exemplaire en Santé Unique ». Il lui faut encore repenser ses silos administratifs, pallier au manque d’outils. Et creuser toujours plus la question de sa gouvernance intégrée dans une vision systémique. Autant d’étapes que Marseille devra franchir pour incarner pleinement la vision globale de la santé populationnelle qu’elle s’évertue à porter.