
Par Yann Channac Mongredien, Ingénieur d’études AtmoSud
L’Anses vient de publier une Valeur Toxicologique de Référence (VTR) pour les particules ultrafines (PUF). Mais c’est quoi au juste les PUF ? En matière de particules qui gravitent en suspension dans l’air, on parle souvent des particules fines, les PM. Très populaires, les PM10 et les PM2.5, leurs principales familles, sont considérées comme les plus nocives pour la santé. Leur petite taille leur permet en effet de passer la membrane pulmonaire, de pénétrer les alvéoles en profondeur, et de se glisser dans la circulation sanguine. L’impact sanitaire des PM dépasse donc ici la seule sphère respiratoire, pour concerner des pathologies cardiovasculaires, voir des atteintes du système nerveux selon des études scientifiques encore à confirmer. Mais qu’en est-il des PUF, ces particules ultrafines, encore plus fines que les particules fines ?

Pourquoi les PUF s’invitent dans la nouvelle réglementation européenne de l’air
Cela fait des années que l’on soupçonne les mesures de PM10 et de PM2.5 de ne pas être les meilleurs indicateurs pour rendre compte de l’impact sanitaire des multiples particules en suspension dans l’air. Mais il faut du temps pour que les connaissances scientifiques soient prises en compte dans la réglementation. La nouvelle Directive européenne 2024/2881 pour la qualité de l’air cherche à accélérer le processus. Elle impose aux Etats membres de l’Union d’expérimenter différents outils pour mesurer ces particules. Pour les PUF, mais aussi le Carbone Suie (Black Carbon ou Noir de carbone), le Potentiel Oxydant, les ions, les métaux, les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP)… Cette obligation de mesure doit être opérée par des « supersites » en vue de produire de la donnée exploitable par les scientifiques. Le but : faire émerger les indicateurs les plus pertinents pour mesurer ces polluants particulaires dans l’atmosphère. Et par effet domino, mieux estimer leurs impacts sanitaires. A terme, l’objectif est de fixer des seuils à respecter, inexistants à ce jour, couplés à des obligations de surveillance renforcées en fonction des paramètres retenus.

Chez AtmoSud, on mesure les PUF depuis 2015
La nouvelle Directive européenne pose également les règles des méthodes de mesures de référence pour les particules ultrafines au niveau européen, histoire de pouvoir les comparer. La taille minimale des PUF à mesurer s’est notamment vu attribuer un seuil, fixé à 10 nm. Chez AtmoSud, nous n’avons pas attendu cette obligation. Dès 2015, nous avons fait de la mesure des particules ultrafines l’un de nos axes sensibles. Si ces mesures de PUF ont débuté sur notre « supersite » de Marseille Longchamp, et à Port-de-Bouc au Port de La Lèque, nos ingénieurs les surveillent aujourd’hui sur une dizaine de sites en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
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Rechercher les PUF qui pénètrent l’arbre respiratoire
Les premières mesures effectuées par AtmoSud prenaient en compte les particules ultrafines supérieures à 20 nm. Ce calibrage nous faisait cependant « rater » les plus fines, notamment produites par les avions. Nous avons donc rapidement abaissé ce seuil de mesure à 7 nm. En perspective de l’entrée en vigueur de la nouvelle Directive européenne en 2030, nous avons une nouvelle fois ajusté nos appareils de mesure pour réaliser une coupure à partir de 10 nm. Là encore, il s’agit de s’adapter à l’état des connaissances scientifiques : en-dessous de 10 nm, la plupart des PUF se déposent seulement dans les fosses nasales. L’objectif est donc de mesurer les particules ultrafines qui pénètrent profondément dans l’arbre respiratoire, là où elles sont les plus nombreuses (dans la tranche 10-200 nm, notamment associées aux émissions du transport routier, de l’aviation et du résidentiel), tout en assurant la bonne qualité de la mesure. Sans toutefois nous empêcher d’observer celles qui avoisinent les 1 000 nm, taille qui correspond au seuil haut du calibrage de nos dispositifs.
Valeur Toxicologique de Référence vs seuil réglementaire
AtmoSud n’est pas la seule à avoir devancé la réglementation européenne. C’est pourquoi les scientifiques ont pu produire de nombreuses études sur les effets sanitaires des PUF. C’est de ces données dont l’Anses s’est emparée cette année pour fixer une Valeur Toxicologique de Référence (VTR) pour les PUF. Cette VTR fait-elle office de seuil réglementaire ? Non. Il s’agit seulement d’une valeur vouée à évaluer l’excès de risque de développer une maladie ou d’en décéder, en fonction de la concentration d’un polluant donné. Il est important de savoir que pour les PUF, il n’y a pas de concentration en-dessous de laquelle le risque est nul : à partir de 0, plus la concentration est élevée, plus le risque sanitaire est fort. La VTR Long Terme fixée par l’Anses pour les PUF, à savoir 2,16.10-7 (particules/cm3)-1, signifie que le risque augmente de 2,16 décès pour 1 000 personnes exposées à une concentration moyenne de 10 000 particules/cm3 tout au long d’une vie. Autrement dit, un risque d’environ 200 décès pour 100 000 personnes exposées à des concentrations comme celles que l’on peut en retrouver à Marseille Longchamp ou à Nice Arson. Soit, entre 9 300 et 9 500 particules/cm3 en moyenne annuelle en 2025.








