Pollution marine. A Cannes, l’assainissement de l’eau des plages est une question centrale de santé publique et de protection de l’environnement. Pour lutter contre la pollution des déchets dans la Méditerranée, l’agglomération Cannes Pays de Lérins a opté pour différentes solutions, dont le déploiement de filets de rétention qui capturent les immondices en amont. Entretiens croisés avec Aurélien Béhage, directeur du Cycle de l’Eau à l’agglomération, et Gilles Guzman, technicien d’exploitation.
Comment l’agglomération cannoise s’y prend-elle pour empêcher les déchets de se déverser dans la Méditerranée ?
Gilles Guzman : En mai 2025, l’agglomération a décidé d’installer des paniers-filtres et des filets rétenteurs de déchets pour lutter contre la pollution de la mer. Nous avons fait appel à Pollustock, un bureau de l’environnement situé à Mandelieu-la-Napoule, qui propose des solutions anti-pollutions et déchets. Nous avons travaillé ensemble pendant un an pour développer des prototypes qui répondent aux caractéristiques et aux contraintes rencontrées à Cannes. Les paniers anti-déchets ont été installés au niveau des avaloirs dans les rues de la ville. L’idée, c’est d’intercepter les déchets, micro et macro-déchets compris, comme les mégots de cigarette, avant qu’ils ne pénètrent dans le réseau d’eau pluviale.

Combien de ces filets anti-déchets sont déployés à Cannes et dans son agglomération ?
Gilles Guzman : A ce jour, 42 filets sont installés sur le parvis du Palais du festival de Cannes, 22 sur le marché Gambetta et une petite dizaine à Théoule-sur-Mer. Certains sont équipés de capteurs qui informent en temps réel du niveau de déchets capturés. Pollustock nous permet également de les caractériser. En parallèle, trois filets à plus forte capacité de rétention sont installés dans des endroits stratégiques : sur le Vieux-Port et le Port Canto, et en pleine ville, dans le Vallon de la Foux, jusqu’où l’eau de pluie ruisselle depuis la colline. Ce dispositif retient jusqu’à 4 tonnes de détritus, tout en laissant passer l’eau, ce qui diminue les risques d’inondations. Ces paniers et filets anti-déchets ont vocation à se multiplier, partout où c’est pertinent, dans les cinq communes de l’agglomération cannoise.
L’agglomération Cannes Pays de Lérins déploient-elles d’autres actions pour assainir son eau et la mer ?
Aurélien Béhague : Avant de poser ces filets et paniers-filtres anti-déchets, nous avons mené une opération de sensibilisation auprès de la population. En 2015, nous avons posé un peu plus de 1 000 marquages au sol « Ici commence la mer » à proximité des avaloirs ou des grilles d’eau pluviale dans les rues. Parce que tout ce qui est jeté dans ces avaloirs termine généralement dans la mer. En parallèle, le réseau d’assainissement a fait l’objet d’une restructuration complète. Nous avons notamment créé un tunnel de 2,3 km qui collecte les eaux usées de Cannes d’Est en Ouest, jusqu’à Mandelieu-la-Napoule. Il facilite l’exploitation du réseau et offre une capacité de stockage d’eau supplémentaire, utile pendant les fortes pluies. Il évite aussi de déverser des eaux usées non traitées en mer.
Pour pouvoir réutiliser ces eaux usées, nous avons modernisé notre station d’épuration. Nous avons également installé une bouée connectée au large de Cannes pour mesurer les paramètres physico-chimiques de la mer et l’état des fonds marins. Le but est de pouvoir établir des corrélations entre la qualité de l’eau et les épisodes pluvieux. Grâce à ces actions menées communément avec la Ville de Cannes, aucune plage cannoise n’a fermé cet été.
De la pollution de la mer à la pollution de l’air
Polluer la mer, c’est aussi polluer l’air. Dans l’épisode de notre podcast « De l’ère du plastique au plastique dans l’air », le biochimiste et directeur de recherches au CNRS Gaël Le Reroux démontrait à quel point ces pollutions sont liées. On connaît par ailleurs le rôle essentiel que jouent les mers et les océans dans la production d’oxygène et la captation des polluants atmosphériques. Dans un autre épisode de notre podcast, Richard Sempere, océanographe et géochimiste marin et atmosphérique, rappelait que le phytoplancton produit près de 50% de l’oxygène que nous respirons, quand ces étendues d’eau du globe absorbent 30% du dioxyde de carbone et 90% de la chaleur produite sous l’effet des gaz à effet de serre générés par les activités humaine. Ce rôle de « poumon bleu de l’humanité » que jouent les océans est cependant mis à mal par l’avancée du réchauffement climatique. Les filets anti-déchets déployés par l’agglomération Cannes Pays de Lérins représentent une initiative inspirante pour lutter contre la double pollution mer-air et ses conséquences.












