Le fondateur du mouvement international des "Villes en Transition" était à Aix pour parler des possibles d'un futur désirable où la qualité de l'air occupe une place centrale. Photo: FJ
Le fondateur du mouvement international des "Villes en Transition" était à Aix pour parler des possibles d'un futur désirable où la qualité de l'air occupe une place centrale. Photo: FJ

Rob Hopkins : « Il faut que les gens tombent amoureux de leur avenir »

FUTUR DESIRABLE. Le fondateur du mouvement international des « Villes en Transition » était l’invité du Fest’IC, le Festival international de l’Intelligence Collective, qui s’est tenu les 19 et 20 juin à Aix-en-Provence. L’occasion pour Inspirons ! de rencontrer cette figure inspirante de la transition écologique et énergétique, qui façonne le futur de l’humanité dans la puissance de l’action locale et la force de l’imaginaire.

Dans la vie, il est Docteur en Sciences sociales et enseignant en permaculture. Mais depuis 2007, le britannique Rob Hopkins est surtout l’un des visages inspirants de la transition écologique et énergétique. Celle qui tourne le dos aux discours climatiques anxiogènes, prônés sur fond d’effondrement ou d’extinction. Qui milite pour un retour du « désir profond », en lieu et place de la peur, qui ne peut que figer et aliéner. Une transition qui balaie la dystopie face au réchauffement planétaire qui s’accélère, pour rouvrir l’espace des possibles quand l’heure est à la condamnation. C’est cette vision teintée d’optimisme, « une faculté nécessaire durant les périodes de changement profond », que Rob Hopkins est venu essaimer à Aix-en-Provence le 20 juin lors du Fest’IC, le Festival International de l’Intelligence Collective. Dans un chapiteau du Centre International des Arts en Mouvements (CIAM) arrosé d’eau fraîche, pour atténuer les effets d’une chaleur écrasante dégagée par la pinède environnante déjà en surchauffe.

Le fondateur du mouvement international des "Villes en Transition" était à Aix pour parler des possibles d'un futur désirable où la qualité de l'air occupe une place centrale. Photo: FJ
Le fondateur du mouvement international des « Villes en Transition » était à Aix pour parler des possibles d’un futur désirable où la qualité de l’air occupe une place centrale. Photo: FJ

La machine pour voyager dans le temps de Rob Hopkins

Accessible et chaleureux, Rob Hopkins y déroule une conférence marquée du sceau de l’imaginaire. Une faculté qu’il considère comme « nécessaire » pour créer le changement. Le sien est teinté d’un humour « so british », palpable tout au long du film qui soutient son intervention. D’emblée, le public est plongé dans « une machine à voyager dans le temps ». Une technologie inventée et créée dans sa petite ville de Totnes (Devon), où le Britannique a mobilisé la population pour initier le mouvement international des « Villes en transition » (Transition Towns Network International) en 2007. Convaincu que les dynamiques citoyennes portées à l’échelle locale représentent le plant à faire pousser pour générer le changement des infrastructures et des comportements qu’impose le réchauffement planétaire. Le récit parle et se propage dans plus de 50 pays (ndlr : 67 à ce jour). L’envie et la nécessité d’agir qui l’anime contaminent un millier de groupes citoyens dans le monde. En découlent 2 000 initiatives locales de Transition (dont 150 en France), comme autant de solutions aux enjeux écologiques et énergétiques de demain (agriculture, alimentation, logement, transports, éducation).

Le monde en 2036 selon Rob Hokins

« I’ve been to the futur. We won ! » (Je suis allé dans le futur. Nous avons gagné !). La machine à voyager dans le temps de Rob Hopkins transporte à présent le public en 2036. Les parkings citadins, encore réservés 10 ans plus tôt aux voitures, se sont transformés en places de stationnement pour les vélos. Le mycélium des champignons est devenu le composant principal des matériaux de construction. Les sols bétonnés ont déserté les villes sous l’effet de tronçonneuses et autres pioches citoyennes, offrant des parterres désimperméabilisés. Comme dans les cours d’école et les facultés, où les étudiants ambitionnent de devenir « dé-bétonneur ». Les repas scolaires sont confectionnés à base de fruits et légumes produits localement, sans pesticides. Dans le 2036 pensé par Hopkins, aucune trace de « notre amour pour les énergies fossiles » ne subsiste. Pas plus que la pollution de l’air, « qui fait plus de 40 000 morts par an au Royaume-Uni, en ayant un énorme impact sur la santé, les résultats scolaires et beaucoup de choses ». Quant à l’espérance de vie des habitants, elle a tout bonnement augmenté de six ans.

« Personne n’y croyait, jusqu’à ce qu’on le fasse »

Le public sourie et se laisse emporter dans « ce futur hopkinsien». Désirable mais ridicule ? « Toute déclaration sur l’avenir doit d’abord sembler ridicule ! J’adore cette phrase ! », s’enthousiasme la star du jour. «Trop d’envies nées de l’imaginaire par le passé on été jugées utopiques avant de voir qu’on pouvait les réaliser ». La preuve par l’exemple, avec un ouvrage paru en 1865, écrit par un certain Jules Verne, qu’il ressort des oubliettes. « De la Terre à la Lune », un roman d’anticipation où le héros veut fabriquer un projectile qui lui permettra de rejoindre l’astre lunaire. « Personne n’y croyait jusqu’à ce qu’on le fasse des décennies plus tard ! On oublie comme les choses peuvent changer en l’espace de 10 ans ! ».

« Toute déclaration sur l’avenir doit d’abord sembler ridicule ! J’adore cette phrase ! »,
Rob Hopkins

«Tout ce dont nous avons besoin existe déjà »

« Je vous ramène une bonne nouvelle de ce voyage en 2036 » scande ensuite Rob Hopkins à son auditoire. « Tout ce dont nous avons besoin pour réussir cette transition, existe déjà quelque part. A Amsterdam, Barcelone, Utrecht, Liège, ou même ici en région Sud, notamment à Marseille ! ». A titre d’exemple, le militant écologiste cite le restaurant Le Présage et ses plats cuisinés à l’énergie solaire. Le tiers-lieu le Talus, comme modèle de maraîchage urbain. Ou encore « L’Après M », enseigne du géant du fast-food « McDonald’s » devenue plateforme d’aide sociale et banque alimentaire suite à la mobilisation de ses salariés après sa fermeture dans les quartiers nord. « Des initiatives incroyables ! Le problème, c’est que nous n’entendons pas souvent ces histoires du changement positif que nous devrions pourtant connaître ».

Alors certes, le mot « Transition » dépasse aujourd’hui le concept tel qu’il fut imaginé par Rob Hopkins et sa communauté. « Mais ce qui reste inchangé, c’est qu’en France, les maires ont un réel pouvoir d’action. Ils peuvent transformer ces actions citoyennes locales en politiques municipales ». L’auditoire applaudit. Après 45 minutes consacrées à dépeindre ce que pourrait être le futur souhaitable de l’humanité « si la première intention du changement était générée par un désir profond, et non à partir d’une obligation », Rob Hopkins clôture son intervention par cette phrase, en écho à son dernier ouvrage* : « Il faut que les gens tombent amoureux de leur avenir ». Dans l’attente de ce possible déclic encore incertain, une chose est certaine : ce jour-là à Aix, c’est du futur désirable de Rob Hopkins que le public est tombé amoureux.

* « How to fall in love with the future », 2025, éditions Chelsea Green Publishing UK,


Vidéo :

Rob Hopkins | Transition : « Toutes les solutions dont nous avons besoin existent déjà quelque part »

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