Photo aérienne prise le 23 juillet du feu de forêt qui sévit à Pontevès dans le Var depuis le 19 juillet 2026. Photo : P.-C. M.
Photo aérienne prise le 23 juillet du feu de forêt qui sévit à Pontevès dans le Var depuis le 19 juillet 2026. Photo : P.-C. M.

Feux de forêt : un outil innovant de gestion des incendies voit le jour à Nice

Incendies forestiers. Porté à Nice par l’EDHEC Climate Institute et la start-up Climate Innov, SecuFire Action est un dispositif innovant de prédiction et de modélisation des feux de forêt. Destiné aux soldats du feu, il repose sur un écosystème de modules pour simuler l’évolution d’un départ d’incendie de végétation sur 36 heures. Le but : éviter jusqu’à 30% de surfaces brûlées et les émissions de CO2 et de particules fines qui les accompagne.

Depuis qu’ils développent le dispositif SecuFire Action, les fondateurs de la start-up Climate Innov, centrée sur l’innovation contre les risques climatiques, ont joué la carte de l’anticipation. Bien avant l’actualité incendiaire de cet été 2026 en France et en Europe, David Clares, ex-commandant officier du service départemental d’incendie et des secours des Alpes-Maritimes (SDIS 06), Pierre-Alain Révélat, ancien directeur de la communication à Sophia Antipolis, et Ahmed El Fadhel, astrophysicien spécialisé dans les données satellitaires, murissaient une prémonition. Sous l’effet du réchauffement climatique, « le risque d’incendie ne se limitera plus aux départements du Sud de la France. Les moyens traditionnels de surveillance ne suffiront plus à anticiper, et donc à prévenir, les départs de feux sur notre territoire ». Les trois Niçois fondent alors Climate Innov. « Un outil innovant » voué aux professionnels du feu pour gagner du temps dans leur stratégie d’action de lutte contre les incendies forestiers.

Les trois fondateurs de la start-up Climate Innov :  Ahmed El Fadhel, astrophysicien spécialisé dans les données satellitaires,  Pierre-Alain Revelat, ancien directeur de la communication à Sophia Antipolis, et David Clares, ex-commandant officier du service départemental d’incendie et des secours des Alpes-Maritimes (SDIS 06).
Les trois fondateurs de la start-up Climate Innov : Ahmed El Fadhel, astrophysicien spécialisé dans les données satellitaires, Pierre-Alain Revelat, ancien directeur de la communication à Sophia Antipolis, et David Clares, ex-commandant officier du service départemental d’incendie et des secours des Alpes-Maritimes (SDIS 06).

Un outil d’aide à la décision pour lutter contre les feux de forêt

En collaboration avec la Tunisie et l’Université de Corse, qui œuvre sur des modèles prédictifs satellitaires depuis une trentaine d’années, la start-up développe SecuFire Action. Un outil de prédiction et de modélisation de l’évolution des feux de forêt de grande précision, basé sur un écosystème de modules (météo, topographie, végétation, points d’eau, occupation du sol…). « Le dispositif s’appuie sur le meilleur de la technologie spatiale, des constellations de satellites et des bases de données mondiales reconnues », détaille Pierre-Alain Révélat. Sa vocation est de s’imposer comme « un outil d’aide à la décision fiable pour les acteurs du feu», en reposant sur le socle scientifique du modèle Balbi développé par le « Projet Feu » du Laboratoire SPE-CNRS de l’Université de Corse. « Son efficacité a d’ailleurs été évaluée par le Laboratoire IMATH de l’Université de Toulon dans le cadre d’un Programme Universitaire d’Innovation Med’Innov », précise le communicant de l’équipe.

Cinq minutes pour prédire l’évolution des feux de forêt

« Pour jouer son rôle, SecuFire Action a besoin de connaître le contour du feu au départ, qui nous est signalé par des vigiles. Il établit ensuite, et en 5 minutes seulement, la vitesse de propagation des flammes, le sens des vents, la topographie des sols, la densité de la végétation, les routes et sentiers d’accès pour le pompiers,…», poursuit Pierre-Alain Révélat. Une avancée, quand les outils d’identification des feux de forêt actuellement en place « fournissent un indice par département ou par massif forestier, au mieux une à deux fois par jour. La technologie est capable de distinguer des parcelles de 3 km/3 km, et actualise l’évolution de la situation heure par heure. Tout en précisant où sera le feu un quart d’heure, une heure ou quatre heures plus tard », avance encore fièrement Pierre-Alain Révélat. Des propos tenus preuve à l’appui, les performances du dispositif ayant été testées avec succès sur les incendies de cet été dans la Drôme, l’Aude et à Fontainebleau.

A partir du contour du feu de départ, le dispositif Secu Fire Action met 5 minutes pour établir la propagation du feu de forêt sur une durée de 36 heures. Photo : Capture d'écran SecuFire Action.
Selon ses fondateurs, le dispositif Secu Fire Action met 5 minutes pour établir la propagation du feu de forêt sur une durée de 36 heures. Photo : Capture d’écran.

Une mise à disposition gratuite pour les professionnel et les citoyens

Face à « des pouvoirs publics submergés », la technologie peine cependant à trouver son public. C’est dans l’EDHEC Climate Institute à Nice, le Centre de recherche européen sur l’évaluation des conséquences socio-économiques du changement climatique de l’EDHEC Business School, que son déploiement trouve son salut. Séduit par la précision des données fournies, par ailleurs utile à ses recherches, le laboratoire de l’école spécialisée dans la finance climatique voit l’opportunité de se saisir de la technologie. « Les modélisations des feux de forêt sont impossibles à réaliser avec l’intelligence artificielle. L’affirmer est une escroquerie. Nous avons donc choisi de financer pour partie le développement du projet, ce qui permet à Climate Innov de rendre son outil  libre d’accès », commente Camille Angué, directrice du centre de recherche. Pour les professionnels du feu, qui se voient attribuer des codes d’utilisation dans le cadre d’une convention de partenariat. Et pour les citoyens, qui peuvent consulter une carte interactive des feux de forêt, via le site ensemblepourlaforet.fr.

Nous n’avons plus le temps d’attendre. face aux feux de forêts qui sont amenés à se multiplier. Il faut agir vite. 
Camille Angué

Camille Angué, directrice de l’EDHEC Climate Institute à Nice. Photo : C.A.

Jusqu’à – 30% de surfaces végétales brûlées

Les deux plateformes se complètent et ont vocation à « sensibiliser tous les acteurs au risque d’incendie, quand on sait qu’un départ de feux sur deux est d’origine humaine » poursuit Camille Angué. « Pour nous, c’est une façon de montrer que les écoles de commerce jouent leur part. Nous n’avons plus le temps d’attendre face aux feux de forêts qui sont amenés à se multiplier. Il faut agir vite », poursuit-elle. Selon les estimations réalisées, l’utilisation de SecuFire Action par les SDIS territoriales pourrait permettre de réduire jusqu’à 30% les surfaces brûlées. Et avec elles, les émissions de CO2 et de particules fines générées par les feux forrestiers. Pour l’heure, le dispositif SecuFire Action n’en est encore qu’aux prémices de son déploiement. Si l’ONEF de Corse s’en est saisie, la ville de Cannes pourrait lui emboîter le pas. La technologie parviendra-t-elle à se propager plus vite que les flammes ?   

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AtmoSud possède aussi son modèle de dispersion des feux
: SIMPAC FEUX

AtmoSud accompagne lui aussi les acteurs du feu dans leur lutte contre les incendies en s’appuyant sur un module de dispersion des feux de forêt financé par la Région Sud : SIMPAC FEUX. Cet outil, implémenté dans la plateforme SIMPAC d’Aria Technologies (outil de modélisation atmosphérique utilisé pour retracer l’origine des pollutions de l’air) repose sur un modèle de propagation de feu largement utilisé dans le monde.

La technologie permet aux modélisateurs d’AtmoSud de prévoir les différentes phases d’un feu de forêt, la propagation du front de flamme et la dispersion des fumées émises sur un laps de temps de 15 minutes. Cette estimation prend également en compte les caractéristiques environnantes (nature du sol, humidité, relief et conditions climatiques). Sur la base de ce module, les équipes d’astreintes d’AtmoSud peuvent paramétrer et lancer la simulation d’un départ de feu virtuel pour rendre compte aux pompiers de la propagation du panache de fumées d’incendie.  

Cet outil a notamment été utilisé dans le cadre de feux dirigés avec Vincent Pastore, expert des Service départementaux d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (SDIS 13).

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