Le questionnaire en ligne "Mon Exposome" a vocation à informer et sensibiliser en santé environnementale, tout en permettant de récolter des données pour mieux comprendre les causes des maladies chroniques. Photo : Canva
Le questionnaire en ligne "Mon Exposome" a vocation à informer et sensibiliser en santé environnementale, tout en permettant de récolter des données pour mieux comprendre les causes des maladies chroniques. Photo : Canva

Connaissez-vous votre « exposome » ?

Santé environnementale. Portée par les médecins hospitaliers et libéraux du CHU de Nice et de la région Sud, la plateforme « Mon Exposome » permet d’évaluer son exposition aux facteurs comportementaux et environnementaux. Un outil de prévention pour sensibiliser et informer sur l’importance du champs de la santé environnementale dans sa vie et la nécessité d’agir pour sa santé.

En matière de santé, le génome d’un individu, soit son patrimoine génétique, s’est longtemps imposé comme le seul déterminant. Mais en 2005, un épidémiologiste britannique, Christopher P. Wild, change la donne. Dans un article scientifique, il avance alors un terme miroir au génome : l’exposome. Quand le préfixe « expo » fait référence au mot « exposition », l’exposome renvoie à l’ensemble des expositions environnementales et comportementales auxquelles un individu est soumis tout au long de sa vie. Loin d’être anodines, ces expositions affectent considérablement la santé en jouant un rôle dans le développement des maladies.« C’est un terme encore obscur, qui est loin de parler à tout le monde », reconnait le Docteur Véronique Mondain, infectiologue au CHU de Nice.

Selon le Docteur Véronique Mondain, seules 5 à 10% des maladies dépendent du génome humain. Toutes les autres sont d’origine environnementale ou comportementale. Photo : Canva
Selon le Docteur Véronique Mondain, seules 5 à 10% des maladies dépendent du génome humain. Toutes les autres sont d’origine environnementale ou comportementale. Photo : Canva

L’exposome ou 80% des maladies chroniques

Pourtant, l’expression de l’exposome se détecte dans de nombreuses situations du quotidien : pesticides ou cadmium dans l’alimentation, polluants atmosphériques dans l’air, perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques, PFAS dans les revêtements des poêles de cuisson, amiante dans les matériaux de construction… Les exemples ne manquent pas. Sans oublier les mécanismes comportementaux néfastes que l’on peut adopter, à l’image du tabagisme. « On sait aujourd’hui que 5 à 10% seulement des maladies sont dues à la génétique. Toutes les autres sont d’origine environnementale ou comportementale. Comme 80% des maladies chroniques (pathologies, cancers) », poursuit la responsable du pôle de Médecine intégrative au CHU de Nice. « Il est donc important de faire connaître la définition de l’exposome aux citoyens pour qu’ils puissent se situer par rapport à ces expositions. Et surtout, s’interroger et agir sur leurs habitudes de vie ».


Un questionnaire en ligne pour évaluer son exposome

C’est dans cette visée que des médecins hospitaliers et libéraux du CHU de Nice et de la région Sud, en partenariat avec l’ASEF (Association Santé Environnement France), ont créé Mon Exposome. « Un outil bienveillant de communication en ligne », accessible à tous, et destiné à former les patients et les soignants. Déployé en interne au CHU niçois depuis le mois de mai, Mon Exposome prend la forme d’un questionnaire en ligne, découpé en plusieurs volets thématiques : l’alimentation, la qualité de l’air extérieur et intérieur, le bien-être physique et mental. La fertilité et parentalité, les perturbateurs endocriniens et cosmétiques, les expositions professionnelles. Sans oublier les addictions. En fonction des réponses apportées, les participants obtiennent une évaluation de leur niveau d’exposition. En parallèle, ils bénéficient d’avis, de conseils et de recommandations d’ordre médical à appliquer dans leur quotidien pour réduire ces expositions « et devenir acteurs de leur santé ». Des ressources complémentaires issues de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) leur sont également proposées.

"Mon Exposome" prend la forme d’un questionnaire en ligne, découpé en plusieurs volets thématiques. En fonction des réponses apportées, les participants obtiennent une évaluation de leur niveau d’exposition. Photo : Canva
« Mon Exposome » prend la forme d’un questionnaire en ligne, découpé en plusieurs volets thématiques. En fonction des réponses apportées, les participants obtiennent une évaluation de leur niveau d’exposition. Photo : Canva

Une recherche participative autour de l’exposome

« Ce questionnaire anonyme est aussi une enquête qui s’inscrit dans le registre de la recherche participative », précise Christian Pradier, chef de service du Département de Santé Publique du CHU de Nice. « Les données récoltées seront utilisées à des fins statistiques et épidémiologiques pour produire des connaissances et mieux comprendre les causes des maladies chroniques ». Depuis son lancement en interne au CHU de Nice, Mon Exposome comptabilise quelque 1 800 participants. Son déploiement dans les cabinets de ville des médecins de la région Sud devrait permettre d’agréger sa base de données. L’un des objectifs restant de pouvoir dégager une cartographie de l’exposition environnementale en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et de pouvoir dupliquer l’outil sur d’autres territoires, en vue d’obtenir une cartographie nationale.

De la santé globale à « Une seule santé »

« On quitte ici l’approche classique de la prévention en santé, en prenant simultanément en compte les maladies et les facteurs d’exposition. Le but est de pouvoir penser la santé dans une vision globale, systémique », commente le Docteur Mondain. Les résultats ont également vocation à s’imposer comme un outil d’aide à la décision dans les politiques publiques, pour qu’elles déploient des actions de fond au service d’une santé globale, où le génome et l’exposome se rencontrent. « Il est important d’agir et de ne plus subir les polluants qui nous entourent. D’autant que tout ce que l’on fait de bien pour la santé l’est aussi pour l’environnement », souligne Véronique Mondain. Une manière de dire que les avancées en matière d’exposome nous rapprochent un peu plus du « One Health » – Une seule santé. Cette santé unique où santé humaine et santé de l’environnement ne font qu’une, en totale interdépendance.

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