Quand l'inflation historique du prix des carburants se ressent sur la fréquentation des axes routiers, elle se mesure aussi sur la qualité de l’air. Photo : Canva
Quand l'inflation historique du prix des carburants se ressent sur la fréquentation des axes routiers, elle se mesure aussi sur la qualité de l’air. Photo : Canva

Crise des carburants : quel impact sur l’air en région Sud ?

MOBILITE. Quand les prix à la pompe s’envolent, le trafic routier somnole. Depuis le début de la crise pétrolière, les véhicules thermiques désertent progressivement les routes de France. Y compris dans les principales villes de la région Sud. De quoi constater une amélioration de la qualité de l’air en milieu urbain ?

La crise pétrolière qui sévit depuis sept mois sur fond de conflit au Moyen-Orient pèse lourdement sur le budget des ménages. Fin septembre, les prix des carburants à la pompe dépassaient largement la barre des 2€/L. Contraints et forcés, les Français repensent donc leurs habitudes quant à l’usage de la voiture, désertant un peu plus chaque semaine les axes routiers. D’autant que du côté des livraisons de carburants aux stations-services, la raréfaction tend à s’imposer : selon les données communiquées par Bercy, les ravitaillements ont reculé de 30 % entre le 11 et le 20 septembre 2026 par rapport aux dix premiers jours du mois. La tendance est donc à la décélération progressive des véhicules thermiques sur les axes routiers français. Un retrait marqué par deux pics substantiels de baisse de consommation de carburants au printemps (-11% en avril, -12% en mai par rapport à la même période en 2025).  

Face à l'inflation à la pompe, la tendance est  à une décélération progressive des motorisations fossiles sur les axes routiers français et de la région Sud. Photo : Canva
 
Face à l’inflation des prix à la pompe, la tendance est à une décélération progressive des motorisations thermiques sur les axes routiers français et en  région Sud. Photo : Canva

-5% par mois de consommation de carburants depuis le début de l’année

Depuis l’amorce des tensions géopolitiques aux portes du détroit d’Ormuz, la consommation française de carburants routiers a chuté d’environ 5 % par mois comparé à l’an dernier. Une baisse historique selon l’Ufip Energies et Mobilités et le Comité Professionnel du Pétrole qui n’épargne pas davantage le transport de marchandise, le prix du gazole professionnel accusant une hausse de 40%. Quand cette inflation historique du prix des carburants se ressent sur la fréquentation des axes routiers, elle se mesure aussi sur la qualité de l’air. Dans des proportions bien moindre que celles relevées par AtmoSud durant la période de confinement liée au COVID (entre -50 et -60% de concentrations pour le polluant routier principal, le dioxyde d’azote (NO₂), mais dans des ratios à la baisse tout de même.

Des concentrations de NO₂ réduites de moitié par rapport à la baisse du trafic

En région Sud, où le transport routier représente le principal émetteur de dioxyde d’azote (46% des émissions régionale en 2025 selon le Bilan Air-Climat-Energie de l’Observatoire), cette diminution se ressent essentiellement sur les grands axes de circulation des principales villes. En se basant sur le pourcentage moyen de -6% de consommation de carburants – l’objectif de réduction de consommation annuelle fixé par la programmation pluriannuelle de l’énergie -, qui induit par effet domino une diminution de la fréquentation routière similaire, les ingénieurs d’AtmoSud ont pu mesurer cette baisse de dioxyde d’azote dans l’air. « Si le trafic diminue de 6%, les concentrations de dioxyde d’azote sont réduites de moitié moins par rapport à la chute du trafic », commente en préambule Damien Piga, directeur Innovation chez AtmoSud. Ainsi à Marseille Plombières, haut lieu de concentrations en dioxydes d’azote, du fait de la typologie urbaine environnante (barres d’immeubles) et de la proximité avec l’autoroute A7, la baisse se chiffre entre 1 et 3 microgrammes par m³ (µg/m³) par rapport à septembre 2025, où elles oscillaient en moyenne à 46 µg/m³.

Les baisses de de dioxyde d'azote(NO₂), principal polluant issus du secteur routier, sont réduites de moitié dans l'air par rapport à la baisse du trafic. Photo : Canva
Les baisses de de dioxyde d’azote(NO₂), principal polluant issus du secteur routier, sont réduites de moitié dans l’air par rapport à la baisse du trafic. Photo : Canva

Moins de voitures sur les routes, moins de polluants dans les villes de la région Sud 

Un recul du même ordre est constaté sur les principaux axes routiers des autres villes-phares de la région Sud. Sur la Rocade d’Avignon, les concentrations en NO₂ reculent de 2 µg/m³ par rapport aux concentrations de septembre 2025 (30 µg/m³). Idem sur le Boulevard de Strasbourg à Toulon (35 µg/m³en 2025). Un recul de 2,5 µg/m³ est également relevé sur la Voie Mathis à Nice (40 µg/m³ en 2025). Tout comme sur l’autoroute A50 Marseille-Aubagne (40 µg/m³ en 2025). Si ces diminutions ne sont pas spectaculaires, elles soulèvent l’importance de poursuivre les trajectoires initiées en région Sud vers des transports décarbonés. Selon les données publiées en janvier dernier par le service Statistique publique de l’énergie, des transport, du logement et de l’environnement (SDE) du ministère de la Transition, la région Sud fait partie du TOP 5 des territoires qui possèdent les plus gros parcs automobiles.

-6% de circulation sur les routes de la région Sud, c’est combien de véhicules en moins ?

* Marseille Plombières
Fréquentation journalière moyenne en nombre de véhicules : 45 000
– 6% = – 2 700 véhicules

* Marseille Prado
Fréquentation journalière moyenne en nombre de véhicules : 30 000
– 6% : – 1 800 véhicules

* Avignon – Rocade
Fréquentation journalière moyenne : 30 000
– 6% : – 1 800 véhicules

* Toulon (Bd de Strasbourg)
Fréquentation journalière moyenne : 40 000
– 6% : – 2400 véhicules

* Nice (Voie Matisse)
Fréquentation journalière moyenne : 80 000
– 6% : – 4 800 véhicules

* A50 Marseille-Aubagne (dans les 2 sens)
Fréquentation journalière moyenne : 120 000
– 6% : – 7 200

* A7 aux abords de Marseille
Fréquentation journalière moyenne : 140 000
– 6% : – 8 400

Des initiatives de transport décarboné à poursuivre

La baisse de 6% de conducteurs qui roulent aux carburants fossiles représentent des milliers de véhicules thermiques en moins sur les axes routiers (voir notre tableau). Mais il faudrait que ce pourcentage progresse encore de façon significative pour que la région Sud puisse s’aligner sur le seuil européen de 20 µg/m³ d’émissions de NO₂ exigé par l’Europe pour 2030. D’autant que la règlementation actuellement en vigueur, qui fixe à 40 µg/m³ les émissions de dioxyde de carbone, peine encore à être respectée, bien que son application effective remonte à 2010. Si la qualité de l’air se porte globalement mieux en région Sud, la part d’amélioration issue du secteur routier tient davantage aux progrès technologique du secteur qu’à la disparition des motorisations thermiques sur ses voies. La proposition d’alternatives efficientes au « tout voiture » en matière de transport pour les habitants du territoire représente donc assurément la route à suivre.  

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