MOBILITE. A quand des pistes cyclables sur le Prado à Marseille ? C’est la question soulevée par le Collectif Vélo en Ville lors de son annuelle Fête du vélo de juin. L’occasion pour les défenseurs de cette mobilité douce de vanter les nombreux bénéfices qui en découleront : nuisances sonores réduites, vie locale plus apaisée, et une qualité de l’air améliorée sous l’effet d’une diminution du trafic routier. Dans quelles proportions ? Difficile à dire puisque mesurer l’impact de la pratique du vélo sur la qualité de l’air à Marseille reste encore compliqué. Explications.
« Le Prado, c’est 60 mètres de large, 12 voies pour les voitures et les bus et rien pour le vélo. C’est assez emblématique de ce qui se fait à Marseille » dénonce Cyril Pimentel, le directeur du Collectif Vélos en Ville. Pour preuve, les résultats du Baromètre Vélo 2025 de la Fédération des Usagères et des Usagers de la Bicyclette. L’an dernier, l’avenue marseillaise y était désignée comme le troisième axe le plus dangereux de France par les participants. Le projet d’une piste sécurisée réservée aux cyclistes sur cette artère phare de la ville est pourtant bien dans les tuyaux de la Métropole Aix-Marseille-Provence d’ici 2030, dans le cadre de son Plan Vélo de 2019. Mais comme le montre l’Observatoire en ligne de Vélos en Ville, ce plan a pris un retard conséquent.
En attendant, l’association continue de sensibiliser la population et les élus aux bénéfices d’habiller l’avenue du Prado de voies de circulations dédiées aux vélos et à leurs utilisateurs. Selon Cyril Pimentel, elles permettraient de « rendre l’avenue plus silencieuse, plus sympathique ». Et surtout, de réduire les émissions de polluants issus de véhicules roulant aux carburants fossiles. Le collectif en fait la démonstration dans une exposition qui regroupe des propositions d’aménagements, ponctuée d’exemples inspirants déployés dans des villes françaises et européennes.

Le vélo de plus en plus populaire à Marseille
A Marseille, la pratique du vélo est réputée dangereuse. C’est ce que dévoile le classement dressé par le Baromètre Vélo 2025 de la Fédération des Usagers de la Bicyclette. La seconde ville de France y figure à la 37ème place sur 37 des grandes villes françaises. Pour autant, la popularité de la bicyclette s’accroît d’année en année dans la cité phocéenne. En 2019, le vélo ne représentait qu’ 1,2% de la part modale (40% pour la voiture). En 2022, ce pourcentage avait triplé, passant de 13 000 déplacements à vélo par jour à 36 000, selon l’Agence d’Urbanisme de l’Agglomération de Marseille (AGAM).
Des vignettes « Crit’Air pur » pour le vélo
Les bénéfices de la pratique du vélo sur la qualité de l’air sont indéniables. Selon une étude Atmo France (données 2022), une voiture émet en moyenne 1,93 kg de CO2 sur 10 km parcourus, une moto 1,68 kg, un bus 1,03 kg. Autant de gaz à effet de serre (GES) qui jouent leur part dans le réchauffement des villes. Quant aux émissions d’oxydes d’azote (NOx), nocives pour la santé, elles sont majoritairement imputables au trafic routier. À Marseille comme en région Sud, il représente la première source d’émission de NOx (données CIGALE by AtmoSud 2023). Accorder une place plus sécurisée au vélo dans l’espace public pourrait ainsi participer à réduire le trafic routier, diminuer les émissions polluantes et leur impact sur la santé.
Des bienfaits sanitaires que Vélos en Ville brandit notamment depuis l’instauration de la ZFE à Marseille. Bien qu’elle n’ait jamais été vraiment mise en place, l’association y distribue des vignettes « Crit’Air pur » à coller sur les bicyclettes. Elles rappellent que sur l’échelle Crit’Air, qui caractérise le niveau d’émissions de polluants des véhicules de 0 à 5, le vélo se situe fièrement en fin de peloton. « C’est mieux que zéro émission, c’est pur », plaisante Cyril Pimentel.
Les bénéfices du vélo difficiles à mesurer sur la qualité de l’air
Quel pourrait-être l’impact réel de la hausse de la pratique du vélo sur la qualité de l’air à Marseille ? Pour Benjamin Rocher, ingénieur d’études et modélisation chez AtmoSud, mesurer cet impact reste difficile. « Il faut d’abord que le vélo représente une part importante de la mobilité, ce qui n’est pas encore le cas. Pour avoir des mesures concrètes, il faudrait aussi que l’augmentation des trajets à vélo s’accompagne d’une diminution des trajets en voiture ou à moto, plutôt que des déplacements à pieds » explique-t-il. Autrement dit, ne pas substituer cette mobilité douce à une autre.
De son côté, son collègue ingénieur Matthieu Izard, signale que « la suppression de routes pour la voiture en ville pourrait avoir comme conséquence un déportement du trafic routier, sans forcément le diminuer». Et « qu’en milieu dispersif, venteux, les taux de particules fines et de polluants pourraient ne pas être impactés de beaucoup par une baisse du trafic local. »
Les enseignements tirés de « La Voie est Libre » à Marseille
Sans parler spécifiquement du vélo, la diminution des trajets routiers profiterait bien à l’atmosphère. C’est ce que révèle la manifestation « La Voie est Libre », qui ferme l’accès aux voitures sur la Corniche à Marseille un dimanche par mois à l’initiative de la municipalité. Partenaire de ce rendez-vous, AtmoSud a calculé l’impact de cette fermeture sur la qualité de l’air pendant quatre dimanches au début de l’année 2025. Des capteurs de polluants de NO2 et de particules fines PM10 et PM2.5 ont été placés à Malmousque et près de la plage des Prophètes.

Sur ces deux sites, les taux de particules fines présentaient une baisse plutôt minime les jours sans circulation de véhicules routiers. En revanche, les taux de NO2 baissaient de 40% à Malmousque et de 20% aux Prophètes. Quand la voie est libérée des véhicules thermiques le dimanche sur la Corniche marseillaise, ce sont 22 kg d’émissions d’oxydes d’azote, 4,5 kg de PM10 et 2,5 kg de PM2.5 évités. Soit, l’équivalent de quelque 56 000 km (1,4 fois le tour de la Terre). Si la fermeture totale de l’accès aux véhicules polluants n’est pas plus à l’ordre du jour sur la Corniche que sur le Prado, la construction d’une piste cyclable sur ce dernier pourrait sans doute engendrer une première baisse du trafic et des polluants.
Les effets possibles du Plan Mobilité sur la qualité de l’air
Quel air respirera-t-on en 2030 si le Plan Mobilité de la Métropole Aix-Marseille-Provence était totalement déployé ? Fin 2019, AtmoSud s’est dédié à des prévisions spéculatives. Résultats : on pourrait observer une baisse de 67% des émissions d’oxydes d’azote, de 26,4% pour les Gaz à Effet de Serre, de 35% pour les PM10 et de de 48% pour les PM2.5. A noter que le développement du réseau cyclable est un levier majeur de ce plan. Un point d’étape est en cours de préparation par AtmoSud.











