Deuxième navire amiral de la compagnie corse, le Capu Rossu contribuera à atteindre les objectifs de décarbonation fixés par CORSICA linea. Photo : C.l.
Deuxième navire amiral de la compagnie corse, le Capu Rossu contribuera à atteindre les objectifs de décarbonation fixés par CORSICA linea. Photo : C.l.

CORSICA linea embarque sa clientèle dans son engagement environnemental

Pollution maritime. En faisant l’acquisition du Capu Rossu, son second navire majoritairement alimenté au GNL, l’armateur corse renforce son engagement vers la décarbonation. Une conscience environnementale globalement appréciée par ses passagers, comme le révèle l’enquête menée à bord de ses ferries dans le cadre du projet CROISI’AIR, qui évalue l’exposition des passagers et des riverains aux émissions polluantes. Entretien avec Christophe Benoit, directeur technique adjoint de CORSICA linea.

CORSICA linea a fêté ses 10 ans le 11 juin, jour où la compagnie a reçu son deuxième navire propulsé pour majeure partie au Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Dans quelle stratégie globale de décarbonation s’inscrit cette acquisition ?

Christophe Benoit : La décarbonation s’est imposée comme l’un des piliers de la compagnie dès sa création en 2016. Deux ans plus tard, nous avions trois navires équipés pour le raccordement électrique à quai et nous réfléchissions à l’acquisition d’A Galeotta, notre premier bateau propulsé au GNL. Nous l’avons accueilli à Marseille en décembre 2022 comme le reflet de notre engagement environnemental et sociétal. L’intégration du Capu Rossu, navire mixte pour le transport de passagers et le fret, s’inscrit pleinement dans cette stratégie de décarbonation. Elle vise à réduire de 40 % nos émissions de CO₂ d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2040. Cette année, nous sommes à la moitié de ces objectifs, avec -20% d’émissions de CO₂. Cela représente d’énormes investissements (ndlr : 300 millions d’euros) puisque ces navires coûtent 30 à 40 millions de plus qu’un navire alimenté en énergie fossile. Mais la plus grande rentabilité est celle que nous dégageons sur les bénéfices environnementaux.

Opérationnel depuis juin 2026, le Capu Rossu, second navire alimenté pour partie au GNL de l’armateur corse, renforce son engagement pour la décarbonation. Photo CORSICA linea
Opérationnel depuis juin 2026, le Capu Rossu, second navire alimenté pour l’essentiel au GNL de l’armateur corse, s’inscrit dans ses objectifs de décarbonation. Photo : CORSICA linea

L’arrivée du Capu Rossu a été l’occasion pour CORSICA linea d’annoncer vouloir créer « des corridors verts en Méditerranée ». Qu’est-ce que cela signifie ?

C.B. : La volonté, c’est de décarboner les activités de transport portuaire tout au long de la chaîne. Cela passe bien entendu par l’énergie qui sert à propulser les navires. Aujourd’hui, le Capu Rossu fonctionne sur un moteur hybride dual-fuel (diesel-GNL). Cet été, nous souhaitions convertir ce GNL fossile en biogaz à bord des navires en embarquant 2 000 tonnes. Cela concerne aussi l’activité des ports eux-mêmes. Beaucoup de choses se font déjà, notamment dans le cadre du plan « Escales zéro fumée ». Mais il y a encore des freins.

Sur une flotte de neuf navires, nous en avons six qui peuvent être branchés à quai. Dans les ports insulaires, comme en Corse, nous ne pouvons pas encore les raccorder car ces ports rencontrent des difficultés pour s’équiper. De son côté, le Grand Port Maritime de Marseille travaille à ce que le procédé puisse être adapté aux navires GNL. De l’acheminement des clients à bord des bateaux, à celui des pilotes dans les pilotines, ou encore pour le transport du fret, la décarbonation doit devenir transversale. Nous organisons des groupes de travail inter-acteurs dans ce sens.

Nous cherchons à sourcer le bio-GNL au niveau local, pour ne plus dépendre d’approvisionnements étrangers. »
Christophe Benoit

Christophe Benoit, CORSICA linea

Est-ce que la crise énergétique engendrée par la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait accélérer cette décarbonation des ports et du transport maritime ?

C.B. : La crise iranienne, comme les périodes de canicule récurrentes, font réfléchir et mobilisent l’ensemble des acteurs portuaires. Elles nous montrent notre dépendance au pétrole. Même si le gaz naturel est moins polluant que le fuel, avec -25% de CO2, -80% de NOx, -100% de Sox (soufre), c’est encore un carburant fossile. Nous cherchons actuellement à sourcer le bio-GNL au niveau local pour ne plus dépendre d’un approvisionnement étranger. La filière commence à se structurer. En France, notamment dans le nord-ouest, on recense de plus en plus de méthaniseurs. En région Sud, nous possédons beaucoup de zones de stockage de déchets qui développent leur activité dans ce sens. Quand il faut environ 8 000 tonnes de bio-GNL par an pour alimenter un bateau, on explore les solutions. Ce carburant vert permet de réduire de 100% les émissions de CO2. En parallèle, nous souhaitons aussi recourir à du e-GNL, produit à partir d’électricité renouvelable et de CO₂ capturé.

Dans le cadre du projet CROISI’AIR vous avez pu mesurer l’accueil réservé par votre clientèle à vos actions de décarbonation. Qu’est-ce que vous en retenez ?

C.B. : Avec le projet CROISI’AIR, nous souhaitions comprendre l’impact que peut avoir notre activité sur l’environnement, la biodiversité mais surtout nos passagers. Jusque-là, nous collaborions avec AtmoSud pour connaître l’effet des concentrations de polluants portuaires sur la ville et les riverains. CROISI’AIR vient compléter les campagnes de mesure et de modélisation réalisées en sondant directement notre clientèle à bord des ferries. L’été dernier, un questionnaire a été soumis aux passagers des traversée Marseille-Corse pour savoir comment ils perçoivent leur exposition aux gaz d’échappement des navires. Les résultats ont permis d’identifier qu’une large part était « très ou assez sensible » à cette question. Comme aux actions que nous menons plus largement en faveur de la décarbonation. Elles sont particulièrement appréciées par les populations insulaires qui se préoccupent de leur santé. De manière générale, les différents partenariats que nous menons avec AtmoSud nous permettent d’avoir une meilleure connaissance de notre activité. AtmoSud est un partenaire local reconnu que nous intégrons à notre écosystème maritime.

30% des passagers « sensibles ou très sensibles » à leur exposition environnementale

Depuis janvier 2024 et jusqu’en avril 2027, AtmoSud s’allie à IFP Energies nouvelles et CORSICA linea dans le cadre du projet CROISI’AIR, qui s’inscrit dans le programme AQACIA (Amélioration de la Qualité de l’Air : Comprendre, Innover, Agir) porté et financé par l’Ademe. L’objectif est de pouvoir évaluer l’exposition des passagers et des riverains aux émissions de polluants des ferries. Dans ce cadre, un questionnaire a été soumis en juin et juillet 2025 aux passagers à bord des traversées Marseille-Corse-Marseille pour connaître la perception qu’ils ont de leur exposition aux polluants de l’air durant leur voyage. Au total, 29 700 passagers ont reçu le questionnaire, 6% d’entre eux (1 854 réponses) y ont répondu. Résultats : 29% (552 personnes) ont affirmé être sensibles ou très sensibles aux impacts sur la faune et la flore et citent l’engagement environnemental comme critère de choix pour voyager.

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