CHALEUR ET POLLUTION. La vague de chaleur inédite qui touche la France en ce mois de mai impacte considérablement la qualité de l’air. En cause, des pics de pollution photochimique, communément appelés « pollution à l’ozone » ou « pics d’ozone ». Un phénomène qui s’est souvent imposé comme la norme en Provence-Alpes-Côte d’Azur et que l’on pensait révolu. Sauf que le réchauffement climatique est bien là. Explications.
C’est l’été un mois avant l’heure. La chaleur qui frappe une large partie de l’Hexagone depuis le week-end de Pentecôte est aussi intense que précoce. La faute au « dôme de chaleur » qui surplombe la France et l’Europe de l’Ouest sous l’effet d’un air chaud remonté du Maroc. Piégé sous de hautes pressions qui inhibent la formation de perturbations et de nuages, ce « couvercle d’air chaud » étouffe 13 départements français placés en vigilance orange canicule, et augmente significativement les températures partout ailleurs. Comme si l’impact de la chaleur sur la santé ne suffisait pas (7 décès déplorés en 4 jours), celui des pics de pollution photochimique – « pics d’ozone »- s’ajoute aux préoccupations sanitaires. Une pollution considérée comme typiquement estivale, souvent couplée à d’autres formes de pollutions, comme les particules ultrafines (PUF), qui dégrade considérablement la qualité de l’air. Au grand dam des personnes qui souffrent de pathologies respiratoires (asthme, bronchopneumopathies chroniques obstructives..), que le duo chaleur-pollution risque fortement d’aggraver.

Des « pics d’ozone » précoces qui renouent avec les tendances passées de la région Sud
Jugée « exceptionnelle » sur nombre de territoires de l’Hexagone, cette vague de chaleur-pollution à l’ozone s’apparente à un retour en arrière en région Sud. Si le territoire est abonné ces dernières années aux pics d’ozone chroniques en juillet et en août, il fut un temps où la norme était de les mesurer dès les mois d’avril ou de mai. Entre 1983 et 2013, la région comptabilisait en moyenne 7 jours de pic à l’ozone à la fin mai. Dans les années 1980 et 1990, ces épisodes pouvaient même s’étaler jusqu’aux mois d’octobre ou de novembre. Si ces tendances s’expliquent par des émissions polluantes plus conséquentes qu’aujourd’hui en région Sud, leur baisse devrait permettre de ne plus les observer. Or, depuis quelques années, ce sont bien ces tendances d’hier qui semblent se réimposer.
Des « pics d’ozone » comme preuve du réchauffement climatique
L’an dernier, à la mi-juin, AtmoSud évoquait « un épisode exceptionnel de pollution à l’ozone » survenu sous l’effet de la chaleur et de l’arrivée des panaches de fumées liés à de désastreux feux de forêts au Canada. Cette année, l’avance est plus prématurée encore. Dès le 26 mai, une première alerte « Vigilance épisode de pollution » dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse était déclenchée dans le cadre d’un dispositif préfectoral. De quoi présager un re-basculement du « calendrier » de la pollution à l’ozone dans la région Sud dans les années à venir ? C’est notamment l’un des points qu’entend déterminer le projet ALP’AREA, dont AtmoSud est partenaire, en établissant des projections Air-Météo-Climat à l’horizon 2050-2070 en région Sud. Un projet de longue haleine, basé sur l’évolution du réchauffement climatique, que les scientifiques pointent comme le grand responsable de ces retours précoces de vagues de chaleurs et de pollution à l’ozone.

Vers des pics d’ozone moins intenses, moins fréquents et moins longs
Selon les prévisions scientifiques, les prochaines années devraient en effet nous confronter à des pics d’ozone moins intenses, moins fréquents et aussi moins longs. Ce que semble confirmer les observations faites par AtmoSud : dans les années 1980, la région Sud connaissait une cinquantaine de jours par an de pics d’ozone, à des niveaux qui pouvaient régulièrement dépasser le seuil critique de 300 µg/m³, quand la valeur réglementaire est de 180 µg/m³. Depuis 2020, ce seuil critique n’a plus été observé sur le territoire et le nombre de jours de pics oscille autour de 15 par an. Quant au caractère précoce de ces épisodes, la région Sud n’en a pas connu plus d’un par an avant le mois de juin depuis 2013.
La région Sud occupe
la première place en France des épisodes
de pollution à l’ozone.
Une pollution chronique à l’ozone en région Sud
Bien que les émissions de polluants précurseurs nécessaires à la formation de l’ozone aient tendance à baisser en région Sud – notamment les particules fines (-15% entre 2022 et 2023) et le dioxyde d’azote (-7,6%)-, l’ozone reste le seul polluant en région Sud dont les concentrations persistent à stagner. De quoi faire figurer le territoire à la première place française des épisodes de pollution à l’ozone. Et le placer parmi ceux qui présentent les niveaux de concentration les plus élevés d’Europe. Entre 2021 et 2023, ce précurseur de la pollution photochimique touchait 67% des contrées de la région Sud et impactait 57% de la population, en dépassant le seuil réglementaire en vigueur (180 µg/m³).
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De l’ozone en région Sud provenant d’autres pays du monde
Si les polluants précurseurs propres au territoire sont favorables à la formation d’ozone, les concentrations observées en région Sud ne proviennent pas toutes d’émissions locales. Plus de la moitié d’entre elles sont acheminée sur le territoire par le bais de masses d’air issues de zones du globe situées hors d’Europe. Ce qui explique qu’en dépit de la baisse globale des émissions polluantes au sein des pays de l’Union depuis 2020, le niveau de fond de ces émissions reste stable sur le terrain européen. Les efforts de réduction ont beau être réels, les « bons résultats » sont entachés par l’impact des polluants atmosphériques venus d’ailleurs. De quoi donner sens aux propos posés par l’ingénieur d’étude AtmoSud Yann Channac Mongredien dans une tribune : « la pollution à l’ozone est un problème qui nécessite une gestion globale, et pas seulement locale. »
Un climat méditerranéen favorable à l’ozone en région Sud
Outre les effets directs du dérèglement climatique (températures plus élevées et ensoleillement plus intense pour la saison), ces pics d’ozone précoces en région Sud tiennent aussi aux spécificités du territoire. A commencer par le climat méditerranéen qui caractérise la région et qui se révèle particulièrement propice à la formation de ce gaz à effet de serre (GES) : ensoleillement fort, températures élevées, vents faibles à modérés qui profitent à la stagnation des masses d’air… Cette « fabrique à ozone » trouve dans d’autres polluants atmosphériques précurseurs (oxydes d’azote et composés organiques volatils) les éléments essentiels à sa formation. Autant dire qu’en région Sud, elle n’est pas en reste. En concentrant de nombreuses sources d’émissions (trafic routier dense, activités industrielles et portuaires intenses, urbanisme et tourisme en constant développement…), le territoire a tout pour alimenter les rouages de la machine. Il suffit qu’un rayonnement solaire intense rencontre ces polluants et « le tour ozone » est joué !
Autre « atout ozone » de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur : son relief et ses brises littorales. Les masses d’air pollué circulent facilement entre littoral, vallées et arrière-pays. Souvent à partir des villes, pour ensuite être transportées vers les zones rurales ou de moyenne montagne.










