En 20 ans, la part de la population française allergique aux pollens a doublé pour atteindre 30%, et près de 8% chez les enfants. Photo : Canva
En 20 ans, la part de la population française allergique aux pollens a doublé pour dépasser les 30%, et près de 8% chez les enfants. Photo : Canva

Allergies aux pollens, polyallergies : vers une Grande Cause nationale ?

AIR ET ALLERGIES. Pour Séverine Fernandez, médecin allergologue basée à La Ciotat et Présidente du Syndicat français des allergologues (Syfal), les allergies aux pollens -comme l’ensemble des allergies- relèvent d’un sujet de santé publique prioritaire, minimisé par les pouvoirs publics. Elle fait le point pour Inspirons !

L’arrivée du printemps est synonyme de pics allergiques d’origine pollinique. Comment évolue ces allergies aux pollens ?

Séverine Fernandez : Dans les années 2000, on comptait 15% de personnes souffrant de rhinites allergiques dues aux pollens chez les adultes, et moins de 3% chez les enfants. Aujourd’hui, ces pourcentages ont plus que doublé. En parallèle, les symptômes liés aux allergies s’aggravent. 85% des cas d’asthme chez les enfants sont aujourd’hui d’origine allergique. Sous l’effet du réchauffement climatique, qui engendre des période de pollinisation plus précoces et plus longues, en exposant plus longuement la population aux allergènes. Mais aussi de la pollution de l’air, notamment à l’ozone, un polluant qui casse l’enveloppe des pollens pour le rendre plus allergisant, ce qui constitue un facteur aggravant. Les symptômes de l’allergie aux pollens sont devenus nettement plus sévères qu’auparavant et ils évoluent rapidement. Ils peuvent aussi s’accompagner de comorbidités sérieuses, et faire l’objet d’allergies croisées.

"On parle des allergies au printemps parce que c’est un moment où elles culminent avec les pollens. Mais les allergies sont présentent toute l’année. Au niveau pollinique mais pas seulement", rappelle le médecin allergologue Séverine Fernandez. Photo : Canva
« On parle des allergies au printemps parce que c’est un moment où elles culminent avec les pollens. Mais les allergies sont présentent toute l’année. Au niveau pollinique mais pas seulement », rappelle le médecin allergologue Séverine Fernandez. Photo : Canva

Vous revendiquez la reconnaissance des allergies comme un sujet de santé publique prioritaire. Elles ne sont pas considérées comme tel selon vous ?

S.F. : On parle des allergies au printemps parce que c’est un moment où elles culminent avec les pollens. Mais les allergies sont présentes toute l’année. Au niveau pollinique, mais pas seulement. Par exemple, 6% des logements en France sont contaminés par des moisissures, dont certaines sont très allergisantes. Contrairement aux idées reçues, on peut mourir de symptômes liés aux allergies. Elles n’occasionnent pas que de « simples rhumes » ou des difficultés respiratoires transitoires. Sur les 8 000 patients souffrant d’asthme chaque année, on compte des morts. Les pouvoirs publics ne prennent pas réellement conscience des enjeux sanitaires liés aux allergies. Elles représentent pourtant la 4ème maladie chronique au monde. En France, 30% de la population, soit près de 23 millions de personnes souffrent d’allergies. Les cas les plus sévères concernent des terrains atopiques. La prise en charge de ces malades dépend de 456 allergologues, quand seulement 35 internes sont formés par an.

Outre la pollution de l’air et le réchauffement climatique, quels facteurs expliquent cette augmentation de la population allergique et l’aggravation des symptômes ?

S.F. : L’allergie, c’est l’expression de notre système immunitaire qui veut se protéger. Il crée des anticorps pour lutter contre une particule dans l’environnement. Or, notre environnement va mal. Et nous aussi nous allons mal. Dans nos pays industrialisés, notre système immunitaire se protège de toutes parts : contre des polluants multiples, une alimentation ultra-transformée… Il est important de revoir notre lien à la nature. Cela passe par des choses simples, comme repenser la végétalisation des villes. Concernant le cyprès par exemple, il s’est fait une place dans l’urbanisation parce qu’il était facile à entretenir et résistant. S’il ne s’inscrit plus dans les plans de végétalisation urbains, il n’a jamais fait l’objet de réelle campagne d’information et de sensibilisation pour son caractère hautement allergisant. Pas plus que les autres espèces d’arbres aux pollens allergènes. Cette notion devrait pourtant intégrer la communication générale des services publics. D’autant que l’allergie glisse de plus en plus sur le terrain des polyallergies, avec des patients polysensibilisés.

Certaines personnes, exposées et sensibilisées dans leur enfance au pollen de cyprès, manifestent des allergies à la pêche une fois adulte.

Dr. Séverine Fernandez

Comme dans le cas des allergies croisées pollens-aliments ?

S.F. : En région Sud par exemple, où le pollen de cyprès représente la première cause d’allergie aux pollens, le syndrome « cyprès-pêche » (ndlr : et agrumes) est à l’origine d’allergies très sévères. Des chercheurs ont montré que l’arbre et le fruit possèdent des allergènes qui appartiennent à la même famille de protéines (« snakin/GRP » ou Gibberellin-regulated protein). Cela signifie que certaines personnes, exposées et sensibilisées dans leur enfance au pollen de cyprès, manifestent des allergies à la pêche une fois adultes. Ces syndromes « combinés » qui traduisent des allergies croisées entre les allergies respiratoires et les allergies alimentaires sont de plus en plus nombreux. On estime que 60% des allergies alimentaires sont associées à des allergies respiratoires. Ces syndromes allergiques « pollens-aliments » s’observent également dans la nord de la France avec le Bouleau et la pomme. On parle du syndrome « Bouleau-pomme ».

Quelles solutions préconisez-vous pour éviter « 50% de la population allergique en 2050 » comme l’estime l’OMS ?

S.F. : Nous sommes beaucoup à faire des choses, chacun de notre côté, pour améliorer la situation : les allergologues, les Agences Régionales de Santé, le réseau Atmo, ou encore le Cerema en tant que référent public en aménagement. Je suis peut-être utopiste, mais pour moi, la solution est de parvenir à travailler ensemble main dans la main. A se rassembler au sein d’une structure commune pour regrouper les actions et partager les savoirs et les compétences. Par ailleurs, il existe de grandes campagnes de vaccination ou de sensibilisation nationales en santé publique. Pourquoi ne fait-on pas la même chose pour les allergies ? La santé mentale est portée pour la seconde année comme Grande Cause nationale… Et si c’était le tour de l’allergie ? Tout est possible. Si l’Etat y croit.

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