Emblème de la pollution plastique en mer, le Plastic Odyssey a refait escale à Marseille avant de se lancer dans une traversée des solutions en France. Photo : PO
Emblème de la pollution plastique en mer, le Plastic Odyssey a refait escale à Marseille avant de se lancer dans une traversée des solutions en France. Photo : PO

Pollution : Plastic Odyssey met le cap sur le déploiement de solutions

POLLUTION PLASTIQUE. Durant trois ans, le navire a parcouru les mers du globe les plus polluées par le plastique, en quête de solutions pour le recycler et l’écarter des usages. 30 pays et 300 innovations plus tard, le navire-laboratoire est revenu au port, à Marseille, d’où il est parti. Le temps d’une courte escale printanière, avant de se lancer dans une autre traversée : celle du déploiement à grande échelle des solutions trouvées. 

Il n’est resté que quelques jours à quai, du 2 au 14 avril, amarré devant le MuCem à Marseille. Le temps d’ancrer et de partager sa réussite, hissée sous le signe des solutions. Le Plastic Odyssey, navire devenu l’emblème de la lutte contre la pollution plastique dans les mers et les océans, s’est dressé devant les yeux abasourdis des curieux et des publics scolaires. Comme il l’a fait durant 42 mois dans 30 pays du globe, pour sensibiliser à « la crise plastique » et à sa pollution. « Chaque minute, plus de 18 tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les océans. En 2050, on y trouvera plus de plastique que de poissons ». La formule interpelle et sert d’accroche à Simon Bernard lors de ses conférences. Elle l’a d’ailleurs happé au sortir de son cursus d’ingénieur en génie maritime. Après la stupéfaction, s’en est suivi le passage à l’action. En 2016, il lance les prémisses de l’aventure Plastic Odyssey. Un projet un peu fou, guidé pour certains par les vents de l’utopie : parcourir les mers et les océans du monde les plus touchés par la pollution plastique. Avec un vœux pieux : repérer, tester et documenter des solutions durables et duplicables, déployées localement dans les pays qui les borde.

Durant ses trois ans d’expédition, l’équipage du Plastic Odyssey a sensibilisé des milliers d’enfants au recyclage du plastique et aux changements d’usages. Photo : P.O.

Plus de 200 solutions locales pour s’éloigner du plastique au niveau mondial

Afrique, Amérique du Sud, Asie. De 2022 à 2025, le navire a jeté l’ancre dans 40 ports sur trois continents. Embarquant une vingtaine d’explorateurs -ingénieurs, scientifiques et pédagogues- à son bord pour se transformer en laboratoire flottant dédié au tri et à la revalorisation des déchets plastique. « Plus de 200 solutions ont été expérimentées à bord pour transformer les déchets, trouver des alternatives au plastique ou créer de nouveaux usages », commente Morgane Kerdoncuff, responsable des escales du Plastic Odyssey.

Comme le recours, en Equateur, au mycélium, l’appareil végétatif du champignon, en guise d’isolant naturel. Ou le déploiement de distributeurs d’huiles, de lait, de shampoings… dans un quartier populaire au Kenya, pour remplacer les contenants plastique au profit du « vrac ». Des changements d’usage qui profitent aussi à l’approvisionnement en eau potable des populations. A l’image de cette initiative repérée à Madagascar, où un « kit de potabilisation de l’eau de pluie », comprenant du gros sel et deux électrodes à relier à un panneau photovoltaïque, produit une eau chlorée buvable par tous, pour éviter l’achat d’eau embouteillée.

Les solutions éprouvées peuvent
réduire de 80% la pollution plastique existante.

Morgane Kerdoncuff

Pallier l’incinération des déchets plastiques et leur pollution de l’air

« Les pays les plus touchés par la pollution plastique sont ceux en voie de développement, sans système de gestion de déchets. Au mieux, ils sont collectés pour être incinérés dans des décharges à ciel ouvert. Brûler du plastique, c’est ce qu’il y a de pire pour la santé, les fumées sont ultra-polluées. Les gens n’en ont souvent pas conscience », commente Morgane Kerdoncuff. « On a cherché à séquestrer le plastique dans des matières utiles et de longue durée, pour avoir le moins d’impact possible. En proposant des solutions peu chères et exploitables par des entrepreneurs locaux », poursuit-elle.

Les décharges à ciel ouvert sont encore trop souvent le lot des pays en voie de développement où les déchets plastiques sont incinérés, impactant la santé des populations. Photo :

Pour preuve, ces petites unités de recyclage, composées de 3 à 5 machines, construites dans des conteneurs maritimes. L’équipage du Plastique Odyssey formera quelque 2 000 entrepreneurs locaux à leur usage. Dans ces unités de la débrouille, le plastic est transformé pour servir à l’élaboration de matériaux de construction (planches, briques, dalles, pavés…) pour façonner habitat et mobilier.« L’usage du ciment et son empreinte carbone sont évités et on aide à lutter contre la déforestation ». Au total, une quinzaine de ces centrales de recyclage a été déployée en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, aux Comores, aux Philippines… Rassemblant une communauté de 20 000 personnes. Dans un futur proche, 100 000 tonnes de plastique devraient être recyclées annuellement via un réseau de franchises de plus de 200 usines en cours de déploiement. Avec la création de 10 000 emplois à la clé.

Les membres du Plastic Odyssey ont implanté une quinzaine d’unités de recyclage du plastique dans des conteneurs maritimes dans plusieurs pays, comme ici au Brésil. Photo: Plastic Odyssey

Marseille, grand bassin de transfère des déchets plastiques

« Ce que l’on ramène, ce sont des solutions qui existent, qui sont éprouvées et qui peuvent réduire 80% de la pollution plastique existante », enchaîne Morgane Kerdoncuff. « On démontre qu’avec des outils simples et des savoir-faire adaptés, les déchets plastique peuvent devenir une ressource locale et une source de revenus ». Cette démonstration, c’est en Méditerranée et en France, « où le premier effort à faire est d’éviter le plastique à usage unique », qu’elle s’opère. Elle s’impose comme la « Phase 2 » de l’aventure Plastique Odyssey. Cette traversée citoyenne des solutions a débuté à Marseille, ce « grand bassin de transfère des déchets plastiques », durant l’escale printanière du navire. Elle se poursuivra jusqu’en juillet, de Bordeaux jusqu’au Havre, sillonnant la petite dizaine de ports qui séparent les deux villes. En vue de « répliquer et déployer à grande échelle ce qui fonctionne, partout où cela est possible. Pour rendre la gestion de ces déchets à faible valeur économiquement viable et durable. »

Bon à savoir
Le Plastic Odyssey a servi de navire de recherches scientifiques menées en partenariat avec des instituts tels que l’IRD, le CNRS ou l’UNESCO. Pour établir la cartographie des zones d’accumulation de plastique, notamment sur des îles isolées et dans des sanctuaires marins. Parmi elles, l’Île d’Henderson (patrimoine mondial de UNESCO) où 9 tonnes de plastique ont été retirées. Où dans le cadre de la Mission ExPLOI, socle d’une étude qui cartographie la pollution dans l’océan Indien. « Ces missions ont démontré que même dans les endroits les plus isolés, il est possible de restaurer les écosystèmes, à condition d’agir ! ». Elles ont également permis à élaborer de nouvelles méthodes pour mesurer la pollution plastique (cartographie drone, photogrammétrie), et de nouveaux outils pour faciliter la collecte. Tout en testant différentes solutions d’extraction des déchets (plateforme flottante, parachute ascensionnel).

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