La viticulture responsable pratiquée par les viticulteurs des Vignerons de la Sainte-Victoire fait partie de l'histoire racontée au travers de leur AOP. Photo : Association des Vignerons de la Sainte-Victoire.
La viticulture responsable pratiquée par les viticulteurs des Vignerons de la Sainte-Victoire fait partie de l'histoire racontée au travers de leur AOP. Photo : Association des Vignerons de la Sainte-Victoire.

Chez les Vignerons de la Sainte-Victoire, le travail du sol a remplacé les pesticides

Viticulture. Pour l’association viticole, la transition vers « une agriculture responsable et respectueuse de l’environnement » a débuté il y a plus de 20 ans. Depuis, ses viticulteurs sont parvenus à écarter 70% de molécules phytosanitaires chimiques de leurs pratiques. Le terroir est aujourd’hui vierge de tout usage de fongicides, d’insecticides et d’herbicides, excepté pour traiter les « cas d’urgence ». 

En août 2025, les vins « Côtes de Provence Sainte-Victoire » sont officiellement devenus des « Côtes de Provence Cru Sainte-Victoire ». Une Désignation Géographique Complémentaire (DGC) à l’Appelation d’Origine Contrôlée (AOP) obtenue 20 ans plus tôt par l’association des Vignerons de la Sainte-Victoire. Implantée à Saint-Antonin-sur-Bayon, près d’Aix-en-Provence, elle fédère 37 adhérents (dont 4 coopératives de 320 coopérateurs associés) et 33 caves de particuliers dans les Bouches-du-Rhône et le Var. « Cette DGC valorise non seulement le terroir Sainte-Victoire, mais aussi la spécificité de ses sols, son climat continental et l’engagement de ses hommes », précise le directeur de l’association, Jean-Jacques Balikian. Et la volonté d’améliorer la qualité de leurs vins en recourant à des pratiques viticoles plus respectueuses de l’environnement. Une composante qui intègre désormais pleinement l’histoire marketing qui enrobe l’aura de leur AOP.

Pour les viticulteurs de l'association des Vignerons de la Sainte-Victoire, la transition a débuté en 2012. Depuis, ils n'ont cessé d'expérimenter les alternatives pour ne plus recourir à l'usage des produits phytosanitaires issus de la chimie du pétrole. Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire.
Pour les viticulteurs de l’association des Vignerons de la Sainte-Victoire, la transition a débuté en 2012. Depuis, ils n’ont cessé d’expérimenter les alternatives pour ne plus recourir à l’usage des produits phytosanitaires issus de la chimie du pétrole. Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire.

Du Plan Ecophyto aux Fermes DEPHY et 30 000

En 30 ans, les 4 000 ha de vignes exploités par les Vignerons de l’association, situés pour l’essentiel sur le versant sud de la montagne chère à Cézanne, sont ainsi devenus le fief d’une viticulture raisonnée. Emmenés par l’expérience de leur directeur, en charge de ces questions à la Chambre d’agriculture du Var par le passé, ils ont appris à repenser les pratiques viticoles conventionnelles au profit de procédés plus responsables. En 2012, la structure était retenue pour intégrer l’ambitieux Plan Ecophyto d’alors, voué à démontrer les possibles d’une agriculture qui écarte 50% de produits phytopharmaceutiques de ses usages. « Sans compromettre la qualité et le rendement ». Dans ce cadre, elle animait deux réseaux de fermes de référence DEPHY engagés dans la réduction des phytosanitaires chimiques. Six ans plus tard, elle s’inscrivait dans leur continuité dans le dispositif Fermes 30 000, pour « stimuler et préserver la biodiversité dans les vignes », en rassemblant 26 exploitations pilotes.

Mistral gagnant contre les fongicides

« En 20 ans, nous sommes parvenus à diminuer de 70% l’usage des molécules phytosanitaires toxiques », se félicite Jean-Jacques Balikian. En s’appuyant sur un mistral gagnant pour les vignerons, dont le souffle sec permet de lutter contre le mildiou et les autres champignons en jouant un rôle naturel de fongicide. Soit, le pesticide le plus mesuré dans l’air par AtmoSud en région Sud dans le cadre de l’étude nationale PestiRiv. Autre « chance en or » : ne plus devoir utiliser d’insecticides, « destructeurs redoutables de la biodiversité et des écosystèmes ». Un abandon phyto rendu possible grâce aux actions menées conjointement avec le Grand Site Sainte-Victoire, de grandes caves coopératives du terroir, et le Lycée de Technologie Agricole Aix-Valabre. Comme le déploiement de vastes parcelles fleuries, attractives d’insectes, autour des vignes. Ou de haies et de pièges répulsifs naturels. Sans oublier cette fierté des Vignerons de la Sainte-Victoire qu’est celle de ne plus recourir à aucun herbicides tel que le glyphosate. Et risquer qu’ils ne se déversent dans le fleuve de l’Arc en contaminant son eau.

Quand on prend le tournant de l’agriculture responsable,
c’est la conception même du métier qui change. Elle demande de se détacher des héritages agricoles reçus.
Jean-Jacques Balikian

Jean-Jacques Balikian, directeur de l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire.

Un sol vivant, le gage des vignes résilientes

« Cette sortie des herbicides, c’est à force d’avoir privilégié des modes de cultures naturels, comme l’enherbement spontané pour étouffer les adventices, que nous y sommes parvenus. Aujourd’hui, cette fonction herbicide est entièrement assurée par le travail du sol lui-même », détaille Jean-Jacques Balikian. Un sol calcaire et de grès caillouteux qui reste cependant pauvre en matière organique. « Un sol vivant, c’est le gage de vignes résilientes face au climat. En 2024, nous avons perdu 50% de la récolte suite à un bourgeonnement précoce de nos vignes. Si notre sol est plus riche en matière organique, l’eau sera mieux retenue. Et les pertes dues aux aléas climatiques seront moindre ».

Pour redonner à leur sol leur caractère vivant, les Vignerons de la Sainte-Victoire ont opté pour un amendement naturel, à base de fumier. Et de compost organique, récupéré sur le site Véolia voisin, qui traite les déchets verts. Une initiative expérimentale en circuit court, menée dans le cadre du projet EcoVitiSol, en collaboration avec l’INRAE et Aix-Marseille Université. Il doit permettre de comparer les effets d’amendements de déchets verts à ceux de la fertilisation organo-minérale sur la qualité microbiologique des sols.

Dans leur lignée de viticulture responsable, les Vignerons de la Sainte-Victoire optent pour un amendement naturel de leurs sols, à base de fumier et de masses de compost organique. Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire
Dans leur lignée de viticulture responsable, les Vignerons de la Sainte-Victoire optent pour un amendement naturel de leurs sols, à base de fumier et de masses de compost organique. Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire

Une transition viticole progressive

Une viticulture sans pesticides et autres intrants chimique semble donc possible. Mais Jean-Jacques Balikian le reconnaît : « En agriculture, le coup de baguette magique n’existe pas. On ne prend jamais de virages à 90 degrés. Les choses se font de manière progressive ». D’autant que les pratiques raisonnées et environnementales « sont plus contraignantes, même si elles permettent d’avoir de bons rendements. A condition de mettre en oeuvre un itinéraire technique, d’être vigilants, réactifs et de ne pas tomber dans les extrêmes ». Sous-entendu, s’autoriser un usage pesticides à « petite dose » en cas de réelle nécessité. Ce que font 33% des Viticulteurs de la Sainte-Victoire sur 75% de la surface viticole couverte par l’association. Les 25% restants relevant d’une viticulture biologique produite par 67% des exploitants adhérents.

Pour le directeur des Vignerons de la Sainte-Victoire, la transition viticole est possible. "Mais en agriculture, aucun virage ne se fait à 90°". Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire.
Pour le directeur des Vignerons de la Sainte-Victoire, la transition viticole est possible. « Mais en agriculture, aucun virage ne se fait à 90° ». Photo : Vignerons de la Sainte-Victoire.

Réchauffement climatique et pressions sanitaires viticoles

« Quand on prend le tournant de l’agriculture responsable, c’est la conception même du métier qui change. Elle demande de se détacher des héritages agricoles reçus. D’être davantage dans l’observation et la prévention. L’accompagnement et le partage des bonnes pratiques est donc essentiel », insiste le directeur. Si la transition agricole est bien devenue « le mot d’ordre » dans le milieu, le chef de file des Vignerons de la Sainte-Victoire le sait : le réchauffement climatique n’a pas fini d’imposer ses pressions et son lot de conséquences sanitaires. La viticulture du futur, comme l’agriculture dans son ensemble, sera donc le résultat de ces parcelles transitoires que ses exploitants seront parvenus à creuser. Pour faire germer ce difficile équilibre entre préoccupations sanitaires d’un côté, et nécessité d’une rentabilité assurée de l’autre.

Deux autres projets de transition viticole en cours

– La candidature de l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire a été retenue pour participer au projet Fabacée « pour une agriculture économe en énergie et en intrants ». Il vise à accompagner la transition des pratiques agricoles vers l’économie d’énergie. Doté d’un budget de 17m€ jusqu’à fin 2027, il permettra à plus de 200 collectifs d’être accompagnés pour déployer des pratiques plus sobres (en énergie directe et en intrants) et des matériels plus efficients.

– En partenariat avec l’entreprise Tenea Energies, implantée à Trets, l’association vigneronne porte également un projet de méthanisation, Métha Val d’Arc. Son but : créer un circuit local de valorisation d’effluents de caves et de déchets agricoles. Le biogaz produit équivaudrait à l’alimentation de 2 000 à 5 000 foyers. Son digestat (résidu de la méthanisation), à fertiliser l’agriculture, à hauteur de 90 % du tonnage traité par le méthaniseur.

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