Avec des relevés pluviométriques de 30 à 35 millimètres, cumulés sur une trentaine de jours, l'hiver pluvieux 2025 en région Sud est exceptionnel. Photo : Canva
Avec des relevés pluviométriques de 30 à 35 millimètres, cumulés sur une trentaine de jours, l'hiver pluvieux 2025 en région Sud est exceptionnel. Photo : Canva

Pluies hivernales en région Sud : épisodes météorologiques ou climatiques ?

AIR-METEO-CLIMAT. Les épisodes pluvieux de cet hiver en région Sud sont qualifiés d’atypiques. Liés pour partie au réchauffement planétaire, ils restent cependant d’ordre météorologique, et non climatique, au regard des référentiels actuels. Face à « un climat qui se réchauffe vite », ces normes sont cependant appelées à évoluer. Les explications de Mathieu Creau, directeur interrégional Sud-Est chez Météo France.

Les pluies qui se sont abattues cet hiver sur la région Sud, en particulier en janvier et février, semblent exceptionnelles. Vous le confirmez ?

Mathieu Creau : Quand on regarde le calendrier de l’hiver météorologique, qui correspond aux mois de décembre, janvier et février, on constate qu’il est effectivement très pluvieux pour la région. Une trentaine de jours de pluie sont comptabilisés en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce qui est atypique. Les grosses pluies s’abattent habituellement sur la région aux mois de septembre, octobre et novembre. Sur la période hivernale, habituellement sèche dans le sud, on relève cette année des excédents pluvieux de l’ordre de 100 à 200%, deux à trois fois supérieurs à la normale. Les relevés pluviométriques journaliers n’excèdent pas 30 à 35 millimètres, mais ont un caractère exceptionnel en se cumulant sur plusieurs jours. Si ces épisodes ne sont pas notables, comparés aux tempêtes Nils et Pedro qui ont frappé le sud-ouest et le Roussillon par exemple, ils ont tout de même un caractère remarquable.  

Habituellement sec en région Sud, l'hiver 2025 a enregistré des relevés pluviométriques journaliers de 25 à 30 millimètres pendant une trentaine de jours. Photo : Canva
Habituellement sec en région Sud, l’hiver pluvieux 2025 en région Sud s’explique par le dérèglement climatique et un « rail des dépressions » plus au sud. Photo : Canva

Comment expliquer ces épisodes pluvieux hivernaux en région Sud, mais aussi ailleurs dans l’Hexagone et en Europe ? Ont-ils un lien avec le dérèglement climatique ?

M.C. : On sait que quand l’atmosphère se réchauffe de +1C°, c’est 7% d’humidité de plus dans l’air et des pics de précipitations 10% plus intenses. En région Sud, on enregistre un réchauffement de l’ordre de +1,5C° à +2C° depuis l’ère industrielle. Le dérèglement climatique joue donc bien un rôle. Mais dans le cas des pluies de cet hiver, c’est « le rail des dépressions » , plus au sud que d’habitude, qui est principalement responsable. C’est là que se rencontrent l’air polaire et l’air tropical dans l’atmosphère, créant de forts contrastes de températures. Le vent d’altitude puissant qui en résulte crée des perturbations sous forme de dépressions ou de tempêtes. Généralement, les pluies retombent du côté des îles britanniques. Ici, elles se sont localisées du côté de la France, mais surtout de l’Espagne et du Portugal sous forme d’averses torrentielles et d’inondations.

« Le dérèglement climatique est rapide. La météo de l’année 1990 et celle de l’année 2020 ne peuvent plus être comparées. »

Mathieu Creau

 
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il faut observer des conditions météorologiques et atmosphériques moyennes durant 30 ans pour pouvoir parler de climat. Quand les experts du GIEC affirment que le dérèglement climatique s’accélère, cette norme est-elle encore adaptée ?

M.C. : C’est une question qui mobilise notre attention chez Météo France. Compte tenu de la variabilité interannuelle, pour travailler sur des statistiques robustes, l’OMM a retenu un échantillon de 30 ans pour passer d’un épisode météorologique à un épisode climatique. Mais le dérèglement climatique est effectivement très rapide. La météo de l’année 1990 et celle de l’année 2020 ne peuvent plus être comparées. Elles ne sont plus du tout les mêmes. On réfléchit donc à établir des normales saisonnières centrées sur les moyennes actuelles. Grâce à des projections, on établit les scénarios météorologiques attendus pour 2040 et nous les comparons aux données de 2010. A partir de là, on dégage la moyenne des conditions météorologiques et atmosphériques sur cette nouvelle période de référence de 30 ans. C’est cette moyenne que nous souhaitons comparer à l’année en cours pour pouvoir la caractériser. Le renouvellement de l’approche permet d’obtenir des résultats plus adaptés à cette normale qu’est devenu le dérèglement climatique. Sans quoi, chaque nouvelle année sera toujours plus chaude qu’il y a 30 ans. Mais ce travail n’est pas encore assez robuste, le modèle demande à être structuré et développé.  

Ces épisodes pluvieux de l’hiver 2025 en région Sud peuvent-ils devenir la norme pour les hivers futurs d’ici 2050 ? Comme les pluies printanières « atypiques » de ces dernières années ?

M.C. : Les statistiques que nous possédons actuellement sur les précipitations ne montrent pas une tendance marquée en terme de pluviométrie. De manière générale, on pourrait s’attendre à des hivers un peu plus pluvieux et à des étés un peu plus secs. Quant aux pluies printanières, elles ont toujours existé dans la région. Si les performances pluviales des deux dernières années ont battu les records enregistrés jusque-là, notamment à Marseille, il est difficile de prédire leur niveau pour les printemps à venir. Elles sont en tous cas bénéfiques pour lessiver les polluants atmosphériques et les pollens présents dans l’air. Mais aussi pour recharger les nappes phréatiques. Et remplir le réservoir d’eau que sont les montagnes enneigées dans une région où la sécheresse caractérise sévèrement la période estivale.

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