Symbole d'une biodiversité menacée d'extinction, l'Apollon est une espèce protégée en France, toujours présente dans la partie alpine de la région Sud. Photo : ARBE
Symbole d'une biodiversité menacée d'extinction, l'Apollon est une espèce protégée en France, toujours présente dans la partie alpine de la région Sud. Photo : ARBE

La santé unique, un écosystème en devenir au sein de l’ARBE

Biodiversité. Quand la région Sud s’impose comme un « hotspot » de biodiversité aujourd’hui menacé, l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement (ARBE) de la Région Sud entend lancer un réseau d’acteurs autour de la santé unique (one health). Echange avec Audrey Michel, sa directrice générale.

Comment se porte la biodiversité en région Sud ?

Audrey Michel : La région Sud fait partie des 36 « hotspot » mondiaux de biodiversité terrestre. Des forêts aux milieux alpins, en passant par les espaces littoraux et marins, elle englobe 75% d’espaces naturels, soit la plus grande étendue en France métropolitaine. Elle s’impose également comme la première région en nombre d’espèces. Elle abrite près de 2/3 des espèces végétales de France, 1/3 des espèces d’insectes, plus de 10 espèces de mammifères marins et de nombreuses espèces d’oiseaux. Mais elle occupe aussi la seconde place de l’Hexagone sur le plan démographique. Ce qui s’accompagne d’un urbanisme important. L’une des principales causes de perte de biodiversité avec l’invasion d’espèces exotiques, qu’elles soient végétales ou animales. On compte par exemple plus de 140 espèces exotiques animales sur le territoire. Comme le frelon asiatique et la fourmille électrique, qui nuisent aux écosystèmes et aux espèces endémiques.

Les actions menées dans le cadre du Plan national en faveur de l’Aigle de Bonelli ont permis l’augmentation de près de 80% des effectifs en région Sud, passant de 12 couples en 2002 à 22 couples en 2022. Photo : Canva
Les actions menées dans le cadre du Plan national en faveur de l’Aigle de Bonelli ont permis l’augmentation de près de 80% des effectifs en région Sud, passant de 12 couples en 2002 à 22 couples en 2022. Photo : Canva

A combien s’estime cette perte de biodiversité en région Sud ?

Audrey Michel : Le déclin de la biodiversité est globalement fort en région Sud. Selon notre indice Région vivante à paraître, les espèces non protégées sont menacées et déclinent de 41%. Parmi elles, on compte 325 espèces vertébrées. Pour les oiseaux communs, on assiste à une perte de 60%. Ce qui reste encourageant, c’est que lorsque l’on décide d’agir pour la biodiversité, la nature reprend ses droits. Les efforts de préservation tels que la non artificialisation des milieux naturels, la lutte contre les pollutions et les espèces exotiques envahissantes, ou encore la gestion raisonnée des ressources, ne sont pas vains. Ils permettent une augmentation des espèces protégées. On le voit avec l’Aigle de Bonelli, l’un des rapaces les plus menacés en France. Grâce au Plan national d’actions déployé pour sa sauvegarde, ses effectifs ont augmenté de près de 80% en Provence-Alpes-Côte d’Azur. On est ainsi passé de 12 couples en 2002 à 22 couples en 2022.

Lorsque l’on décide d’agir pour la biodiversité, la nature reprend ses droits »
Audrey Michel

Quelles sont les atouts de la région Sud pour enrayer la perte de biodiversité sur son territoire ?

Audrey Michel : Nous sommes la première région de France en aires protégées. Qu’il s’agisse de réserves naturelles ou de parcs naturels régionaux et nationaux, la région Sud est couverte à 60% par ces aires. Soit, le double des 30% exigés au niveau national. Le territoire a toujours été en avance sur le programme Territoires engagés pour la nature. Nous préfigurons d’ailleurs notre 10ème parc régional dans le massif des Maures, de l’Esterel et du Tanneron. En ce qui concerne les aires protégées qui relèvent d’une protection forte, soit des espaces où l’on concilie nature et activités humaines avec un contrôle plus appuyé, nous sommes à 6%. Notre objectif est d’atteindre 10%.

Les acteurs de la région Sud ont-ils pris conscience de l’urgence à agir pour la biodiversité selon vous ?

Audrey Michel : La perte de biodiversité est une crise environnementale majeure, au même titre que le dérèglement climatique. Si les problèmes qui relèvent du climat commencent à être largement compris, ceux qui concernent la biodiversité sont plus difficiles à cerner. Aujourd’hui, nous travaillons main dans la main avec la Région Sud et l’Etat. Mais aussi avec des associations environnementales, comme la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO PACA), de grands gestionnaires et des espaces naturels. Nous comptons 19 structures partenaires, plus de 60 partenaires techniques et 210 collectivités de taille importante, qui sont engagées à nos côtés dans des plans d’action concrets. Le défi est d’engager de nouvelles communes au travers de nos labels. Pour généraliser les bonnes pratiques de préservation de la biodiversité et de l’eau sur le territoire.

Le lancement et l’animation d’un réseau régional « une seule santé – One health »,  le socle d’Inspirons !, est inscrit dans la feuille de route 2025-2030 de l’ARBE. Pourquoi ce choix ?

Audrey Michel : Jusqu’ici, nous avons peu exploité le champ de la santé et de l’air. Nous parlons beaucoup du végétal, du sol, de l’eau. De l’impact des pesticides ou des déchets plastiques et des microplastiques sur la biodiversité. Mais la santé humaine est étroitement liée à celle de l’environnement. Si la pollution de l’air est néfaste pour la santé humaine, elle l’est aussi pour celle de la biodiversité. Dans quelle mesure ? En travaillant sur la santé unique, c’est un volet qui va certainement ressortir. En février, une personne rejoindra nos effectifs pour se consacrer à la création et au lancement de ce réseau régional « une seule santé-one health » qu’il nous semble à présent important de porter en réseaux.

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